vendredi 8 février 2013

Pop Populaire

Un film de fille, un film de cinéphile, jolie comédie romantique, suspense sportif... Populaire est tout cela. Pour les rares qui ne l'ont pas encore vu c'est l'histoire de la jeune Rose Pamphyre (Déborah François) qui veut devenir secrétaire et qui se fait remarquer par son patron Louis Echard (Romain Duris) pour sa vitesse à la machine à écrire, et il en fait la championne du monde. Histoire aussi simple que le monde rétro dans lequel elle se déroule.
En effet, le premier attrait est le côté rétro de la production. C'est plutôt remarquable, d'avoir réussi à reproduire des quartiers entiers de Paris ou New York, autant pour les costumes, les décors, et les accessoires, dont l'accessoire central est un dinosaure: la machine à écrire. Il est certain que le film surfe sur les succes à reconstitution onirique que sont Amélie Poulain, Pleasantville, The Artist, OSS 117, L'Illusioniste, J. Edgar ou The Help. Le succès des adaptations-reconstitution actuelles d'Agatha Christie en sont l'exemple le plus flagrants de la force de cette tendance. Le film même est vendu par son aspect référentiel: Rocky chez les dactylos (ils ont dû bien se marrer en écrivant!).

Régis Roinsard, pour remplir le contrat, s'amuse visiblement à jouer dans la citation et le pastiche. On retrouve Minnelli et Gene Kelly, Le Pat and Mike de Cukor, Vertigo de Hitchcock... Même les personnages se construisent par des systèmes inavoués de référence. Bob (Shaun Benson), le voisin américain, vit sa vie comme une série télé, en bon père de famille gagne-pain, avec de beaux enfants, et une femme qu'il aime et qui l'aime. En France, on ne connaît pas Leave it to Beaver, mais les séries de familles dominaient la télé américaine à l'époque. La boucle est bouclée. (A cet égard, il est, à notre sens, un véritable régal de redécouvrir le plaisir d'un générique qui campe autant les thèmes essentiels que l'esthétique général du film. De nos jours, on préfère rejeter le générique à la fin et c'est dommage...)

Bien des critiques reprochent cette reconstitution à Roinsard, mais ce dernier pointe du doigt la réalité des films dits 'historiques': on ne se souvient pas d'une époque, mais des images qu'on en garde. Comme le classicisme de Stravinsky ou les alexandrins d'Aragon, c'est une reprise en clin d'oeil. Roinsard ne s'y trompe pas. S'il cherche à faire un film à l'ancienne, c'est pour établir un ton particulier. Quand on se souvient des années cinquante, on pense à l'époque où l'Amérique s'impose à la France sans que la France s'en sente menacé (à cet égard, De Gaulle était prémonitoire). L'ancienne France est finie, la nouvelle se reconstruit et, comme le prouve la compétition, peut encore tenir tête au colosse américain. On ne pense pas à la fin de la guerre d'Indochine ou des débuts de la guerre d'Algérie, on pense au technicolor, on pense à Marylin Monroe, Grace Kelly ou à Chantons sous la Pluie, ou des plans sulfureux de Vertigo.

Tout cela, n'en déplaise à certains rabat joie, c'est loin d'être aussi facile qu l'on croit: un seul faux accessoire, une fausse tache de couleur et le tout s'écroule. Il faut saluer travail de Roinsard et celui de son directeur de la photo, Guillaume Schiffman, d'avoir rendu la luminosité à la couleur. Les films actuels de reconstitution reste souvent très gris (J. Edgar) ou bien à dominante monochrome (Gangs of New York). Ici, on redécouvre la volupté du dialogue des couleurs. Citons en exemple la tâche verte de la petite machine à écrire que Rose choisit d'utiliser lors de l'ultime compétition. On ne voit qu'elle dans l'océan de rouge et de rose alentour. D'un bout à l'autre, l'équipe entière parvient à nous faire oublier l'univers terne des film actuels pour retrouver la nostalgie de la Dernière Séance, série anthologique de films présentés dans un décor des années cinquante par Mr. Eddy lui-même, qui vient ici tenir un rôle savoureux de patriarche franchouillard et en fin de compte sympa. Les vers d'Aragon sont toujours exacts.

Mais à force de parler de références, on perd de vu le film. Tout en reprenenant le monde technicolor des comédies de l'époque, il est étonnemment physique, voire sensuel - et pas à la manière des films de l'époque. Le toucher domine le film à un point qui serait inimaginable à l'époque, à commencer par la main. Comme la dactylographie est avant tout un exercice de doigté, l'intrigue offre à la main une place visuelle inédite: le rendez-vous noté sur la main du patron, qui vient ressurgir durant le match de tennis; les mains que Louis vient vérifier après la chute de vélo de Rose; les ongles colorés pour préparer l'entrainement; les massages des doigts fatigués de la jeune Rose; le jeux de couteau atour des doigts de Louis, suivi du pansement fatalement nécessaire; les mains de Marie (Bérénice Béjo), la prof de piano (et premier amour de Louis) dirigeant les doigts de l'héroïne; le doigt d'honneur de la championne de France; la cascade de mains pour faire apparaitre Rose; et, enfin, la véritable déclaration d'amour faite par les mains lors du dîner à table la veille de Noël.

Après les mains le reste du corps semble aller de soi: la chemise mouillée sous la pluie quand Rose tombe son vélo; les jeux de jambes de Rose qui attend l'arrivée de Louis dans sa chambre, les positionnements du corps devant la machine à écrire, avec les mains (encore) de Louis allant (tendrement, presque malgré lui) des épaules de Rose à ses coudes. Tout au long du film, le corps n'hésite pas à crier haut et fort l'évidence que la tête refuse d'admettre. Lorsqu'il dansent leur tango, Rose et Louis s'il ne sont pas exactement synchrones, ils se répondent: ils 'vont ensembles,' ils se complètent. L'un sans l'autre n'a pas de sens. La scène d'amour avant le championnat de France prend donc toute sa force comme point culminant de ce corps à corps.

Et quel meilleur sujet donc pour une histoires de corps qu'une histoire d'athlète? Comme pour tout film de sport, on a un film sur les relations entre un entraineur et un athlète. On retrouve Rocky, mais on retrouve aussi Pygmalion, mais avec un caractère bien plus âpre: du début jusqu'à la fin, c'est un jeu de manipulation: Louis fait et dit exactement ce qui doit être fait et dit à Rose pour en extraire sa victoire, jusqu'à la repousser, jusqu'à sa déclaration ultime. Il décèle son talent, la peaufine (au début du film, détail cocasse, Rose tape avec une rapidité extraordinaire avec deux doigts; c'est Louis qui lui montre les techniques du clavier avec tous les doigts, et elle finira par taper plus vite que la machine), l'entraine au sens propre vers ses premiers matchs et ses premières victoires. Il lui donne la confiance de l'amour et, à son corps défendant (c'est le cas de le dire), la repousse, ce qui lui permet de voler de ses propres ailes. Il est intéressant de remarquer à qui 'appartient' chaque victoire: la première est la victoire partagée par Rose et Louis, le fruit de mois d'entrainement et de perfectionnement; le deuxième est à Louis, qui doit l'arracher de Rose, geste qui le retourne et qui le fait quitter la salle tellement il est effrayé par le regard noir deque lui jette Rose et qui finalement coûtera leur vie d'équipe; la troisième victoire est à Rose, au moment où de jeune fille elle devient femme, heureuse, indépendante et accomplie, où donc elle a une rage de vaincre qui se lit dans son visage, dans ses giffles qui le sert de renvoie de rouleau, ou rien, meme pas l'emêlée des touches ne l'empêchera de gagner.

L'émancipation de Rose vient de sa découverte qu'elle n'a pas besoin de Louis pour réussir son exploit. Si lors de sa première victoire elle regarde du côté de Louis pour reprendre confiance, à la fin, elle décide de jouer selon ses propres règles et se présente avec la machine qui l'a révélée à elle-même. Le vrai champion gagne à jouer par ses propres règles. Louis sait qu'elle n'a plus besoin de lui pour gagner; il en est même fier, ce qui fait la force de sincérité de sa déclaration finale: on voit bien que même si Rose perd le championnat, il l'aimera. Louis, athlète raté, voit en Rose la championne qu'il avait toujours voulu être. Il voit en elle son aboutissement. L'entraineur en fin de compte a bien plus besoin de son athlète que l'inverse.

Mais il est celui qu'elle a choisi. Rose n'a pas besoin de Louis pour gagner; elle a besoin de lui pour s'accomplir, pour vivre. Et pour l'avoir, il va falloir qu'elle apprenne aussi à le lâcher. "C'est difficile d'être une championne, dit-elle sur la tombe de sa mère, c'est déjà difficile d'être simplement une fille". Pour elle, le choix est fait dès ce dîner de Noël, où Marie la présente comme la fiancée de Louis (et puis s'en va). Rose n'hésite pas un instant à le défendre face à son futur beau-père. Si douleureux que soit leur séparation, il est nécessaire, pour qu'elle devienne la championne dont rêve Louis.

Car, pour Louis c'est plus compliqué. Rose c'est son poulain, sa championne. Ce championnat est même plus important que tout le reste, au point qu'il décide de la repousser, pour qu'elle puisse réussir au mondial. Mais cette compétion est aussi un pretexte pour éviter d'avoir à avouer ses sentiments, qui sont pourtant là depuis le début: quand il en chante les louanges à Bob; quand il ne quitte pas des yeux (pour ne pas dire la dévorer des yeux) durant la première compétition. "Pourquoi veut-on toujours décider à ma place," s'énerve-t-il. Mais la réponse est évidente. Louis ne sait pas choisir, ne sait pas saisir les occasions. Et finit par fuir. "J'avais peur" dit-il à Marie. "On a tous peur" lui répond-elle. Sa vie se définit par des non-choix, qui deviennent des choix par défaut. Et sa vie bascule lorsque, sans vraiement s'en apercevoir, il fait un choix: celui de lancer Rose dans la compétition, de la former de l'entrainer, et enfin de la choisir elle pour ce qu'elle est.

Populaire n'a pas de grand message à passer, ni même de combat véritable à mener. Il un des rares film sans méchant. Il y des goujats, des vauriens, des pusillanimes, des décidés, bref des gens comme vous et moi. Mais il n'y pas d'antagoniste, il n'y parsonne qui cherche à empêcher la réussite de notre héroïne. Certains critiques ont reproché le manqe de références à l'Algérie, ou même son machisme. Mais ce n'est pas un film sur les années cinquantes. C'est un film qui se passe aux années cinquante. Quant aux accusations sur le machisme, n'oublions pas que Louis n'hésite pas à faire la cuisine et le ménage. Et pour Rose, être secrétaire est une véritable réussite sociale. Le point de départ pour tout le reste. Mais là encore, ce n'est pas véritablement le propos. Ce n'est pas un film sur l'ascension sociale des femmes. C'est un film sur un fille qui tape à la machine plus vite que son ombre. Ce n'est peut être pas un grand-film-important, mais c'est un beau film et c'est un bon film. C'est un de ses rares films magiques qu'on a envie de revoir car on a envie de revoir les personnages comme on a envie de revoir des amis. C'est enfin un de ses films sans prétention qui, sans en avoir l'air, offre un regard juste sur les choses de la vie.

mardi 9 octobre 2012

Que se passe-t-il?

Le problème des manif's

A vrai dire, c'est déprimant, une fin de manifestation. On arrive au bout du parcours, on roule la bandrole, on se fait la bise, et on rentre à la maison ranger la vaisselle et faire la popote. Le tout finit en queue de poisson, et on se demande ce qui s'est passé.


Il n'y pas à dire, c'est sympatique de retrouver camarades, collègues et amis, pour prendre des nouvelles et tailler une bavette. N'aurait-on pas pu faire autant avec une bière et le coude sur le comptoir d'un café? quel est l'intérêt de la manif? Quelle différence y-t-il d'une manif à une autre: les manif's en fin de compte se ressemblent et se succèdent et on pietine autant dans la tête qu'avec les pieds.

Elles ont perdu toute signification et donc on attend que sa passe et on (autant les manifestants que les cibles de la manifestation) fait comme si de rien n'était. Tout le problème est là: pourquoi s'est-on manifesté?

Les manifestations ont perdu leur sens, autant leur direction, l'idée d'un objectif à atteindre que leur signification, les idées qu'elles doivent porter.

I have a dream...

Se souvient-on des centaines de milliers de personnes qui ont convergé sur Washington? Non, on se souvient du discours de Martin Luther King, Jr, avec ses phrases devenues emblématiques: "c'est maintenant le moment de parachever la promesse de la démocratie." C'est le discours de I have a dream. C'est le discours qui forgera tout le vocabulaire des exigeances de droits civiques.

Des paroles qui deviendront aussi irrefutables qu'incontontournables, et même si la force initale vient du nombres de personnes ayant participé, cette force sera elle-même résumée dans un discours, celui de cet élu qui dira "il n'y a pas de force plus irresistible qu'une idée dont l'heure est arrivée. L'heure des droits civiques est arrivée." Ce sont les mots qui donnent aux actes leur réalité.

Ce sont les mots qui donnent aux actes leurs sens.

Ce sont préciséments les mots qui manquent à nos manif's modernes. Les manifestations sont certainement visibles, avec leur cortèges interminables; elles sont égalements audibles ables les clairons, les sifflets de polices et la sono à fond. Elles ne sont plus intelligibles. Toute parole est réduite à des slogans qui par leur formulation en refus renforcent le discours adverse. Qui est là pour offrir un autre sens, un autre discours d'autres mots aux manifestants eux-mêmes?

Qui est le leader?

Un leader n'est pas une personne qui décide; un leader est la personne qui porte la décision, qui parvient à ammener les autre à réaliser leur desirs et leurs exigeance. Un leader donne un sens à la manifestation. Et il y parvient par la parole.

Une manifestation est un moment fort, un moment de convergence pour exprimer une  revendication commune. Mais il faut donner forme à cette comunauté d'esprit, il faut lui donner un sens. Le moment de le faire est à l'arrivée, au terme de la manifestation, pour dire pourquoi nous sommes là. a l'arrivée il faut que les conversations, les sifflets, la sono cessent pour que la parole puisse prendre sa place pour que le leader prenne la parole, pour que les mots puissent se dire.

Il faut, à l'issu de ce rassemblement un moment de recueillement pour donner aux actes leur sens. Chaque manifestation sans discours de cloture est une occasion manqué pour changer les termes du débat et reprendre le sens de la parole.

mardi 2 octobre 2012

Progressives' voter tactics...

If Progressives don't vote for "War criminals", then they are fools. All presidents have bloody hands. The real war criminal was George HW Bush, and Progressives preferred to sit on their hands rather than vote him out of office in 2004.
The American process is a one vote single round system. If you camapign for a third party, all you will do is hand over the presidency, and the House and Senate to the Republicans.

If you want to push the Dem's to a more progressive agenda, take a leaf from the Tea Party: develop an agenda and ramrod that agenda DURING THE PRIMARIES. That's where you'll you'll change the party's directions.

When Progressives took what they could get, they had Two Roosevelts (the anti Trust acts, the New Deal), Wilson (the Society of Nation, the blueprint for the UN), Truman and, yes, even Kennedy and Johnson (the New Frontier and the Great Society, not to mention that minor detail, Civil Rights). Even the best Republican in office, Eisenhower, maintained and augmented the New Deal (the interstate freeways). None of them were saints by any stretch of the imagination. But the force was powerful enough to put a man on the Moon and get a Nixon to set up the EPA (I don't know which is the more startling).

Since 1968, the Progressives have dropped out of the elctoral process and what have we got? The dismantaling of American manufacturing, and the transfer of all wealth to an ever increasing financial elite, which has sent not only the American economy, but the world economy into financial decline, not to say nose dive.

If you want the Messiah to return, go to Church, but don't call yourselves politically progressive or anything else. To be political is to realise that a bit of good helps a whole lot more than demands for perfection. and to achieve that little bit of good is to understands the levers at your disposal and take whatever you can get to get there, one step at a time.

So yes, I'll vote for the guy who did at least something to increase everyone's access health care, and even tried to put gas in the economy's engine (though not enough to get far) rather than for the guy who prides himself in selling his country and his soul to the highest bidder.

jeudi 24 mai 2012

Le Paradoxe

Ouf!

L'élection est passé, on a viré le petit connard, on peut maintenant tourner la page.

Mais finalement, qu'a-t-on fait? On a élu un nouveau président parce qu'on n'a pas apprécié la politique du précédent. Le nouveau a même établit son premier gouvernement, qui a le mérite au moins d'apporter du sang neuf. Est-ce que ce sang neuf apportera des idées neuves? Cela reste à voir.

L'homme du moment!
Le changement c'est maintenant. Cela veut dire quoi? On remplacé une sale gueule par une autre (bon un peu plus propret, peut-être, mais c'est un détail). Cette nouvelle tête s'est entourée d'autres nouvelles têtes. Et alors? Est-ce que la sale gueule en question était l'Alpha et l'Oméga de la politique? Et d'ailleurs, était-ce la politique qui nous gênait? Bien des gens pensent que la politique qu'il a menée était inéluctable, qu'il va falloir continuer, quelque soit son successeur, qu'on va avoir des années à baver, et on ne pourra rien y faire. Or c'est cette politique qui est suivi qui est le problème, pas les gens qui l'ont mené.

Mais, s'est-on réellement penché sur le problème? C'est la force de Sarkozy d'imposer un climat, c'est à dire un caractères émotif et personnel à une situation. Et et en faisant cela, il parvient à détourner la conversation. Comme je l'ai dit plus haut, 'on a viré le petit connard', c'est à dire qu'on a réagit à la personne plutôt qu'à la politique, et la campagne a été déraillée. On ne peut pas le juger sur ce qu'il a fait.

En personnalisant le vote, on a exagéré le caractère émotif, sans réellement étudier en étudier le caractère structurel de la question. C'est facile à faire quand on vit l'impact sur la vie des gens ordinaires qu'ont les décisions prises par nos dirigeants. Chômage et sous emploi enracinés ont grillé une génération entière et sont en passe pour griller une seconde. Mais si on regarde la question de façon dépassionnée, on s'aperçoit qu'il y a en fin de compte deux problèmes que l'on peut qualifier 'd'économique' au sens grec du terme, c'est à dire dans la gestion de notre maison, la nation. L'une est la dette publique (ou le déficit, c'est en fait la même chose), et l'autre est l'économie (dans le sens plus moderne du terme) en berne.

Les deux sont liées mais non de la manière que l'on croit.

Commençons par la dette. Car c'est la dette qui semble tout empêcher. Tout le monde pense qu'avec son déficit colossal, la France, comme tous les pays d'Europe n'a pas les moyens de mettre en oeuvre sa politique (quelle que soit cette politique). C'est déjà discutable, car la France a trouvé les moyens de débloquer des sommes considérables pour sauver les banques (alors qu'elle était déjà au bord du gouffre) ou pour envoyer des troupes en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire. (On pourait croire que ces opérations ne coutent rien, tellement on s'inquiète peu de combien elles plombent le budget). Mais quand il s'agit des besoins sociales (hôpital, écoles, retraites), les caisses sont soudainement vides.
Il faut distinguer le vrai...

Il faut commencer par oublier les caisses: elles n'existent pas. Les finances de l'Etat sont simplement un système d'entrée et de sortie d'argent. Les finances publiques ressemblent bien plus à un compte courant qu'à un compte d'épargne. Et à l'instant T, à ce moment, on est déficitaire, dans  le sens que plus d'argent sort que ne rentre.

On a tendance à comparer les finances de la nation aux finances ménagères. L'analogie peut marcher, mais que jusqu'à un certain point. D'abord, un ménage a une durée de vie fixe, et donc les sommes dont il pourra disposer, son crédit, est limité dans le temps. D'autre part, l'argent qu'il reçoit, ses ressources, est plutôt fixe, puisque limité à son salaire, et dans une moindre mesure les produits de ses réserves (les revenus de son épargne, son patrimoine immobilier). Ce salaire peut varier certes: on peut espérer qu'il va croître même, mais en fin de parcours pas tant que cela. les ressources d'un ménage sont à la fois déterminées et prévisibles.

Tout ménage vit avec des déficits, parfois ponctuels (les trous dans le mois), parfois structurel (le prêt à la banque). Mais en fin de parcours, c'est à dire en fin de vie, le bilan du ménage sera quasiment nul, c'est à dire que les sorties d'argent seront quasiment égales aux rentrées d'argent. Si un ménage devait vivre selon les règles de l'Union Européenne pour les états, il serait impossible d'acheter une maison: cela représenterait un déficit astronomique dans nos finances. Une maison coûte trois à cinq fois le salaire annuel du ménage. Si on rajoute cette charge au dépenses ordinaires (le gaz, l'électricité, etc), cela représenterait un déficit de 600% de notre produit ménager brut.

C'est pour cette raison que les banques ne réfléchissent pas en termes de déficit quand ils nous offrent un prêt. Ils raisonnent en termes de capacité de remboursement, dont un facteur important est le temps nécessaire pour rembourser.

circulez, il n'y rien à voir...
Lorsqu'on raisonne en termes de capacité de remboursement, on peut remarquer que les capacités d'un état sont illimités, puisqu'il n'y a aucune limite dans le temps pour effectivement rembourser. En plus, l'état a beaucoup plus d'emprise sur ses revenus qu'un ménage, puisqu'il peut les ajuster selon ses besoins. Finalement, la dette peut sombrer dans l'insignifiance. Les États-Unis n'ont jamais officiellement remboursé leures dettes pour la guerre de 40, tout simplement parce qu'ils l'ont remboursé indirectement par la croissance des Trente Glorieuses. La dette a perdu toute importance économique. Le plein emploi et l'imposition progressive ont rendu la dette caduque. En 1960, Eisenhower quitte la Maison Blanche en laissant les 'caisses' pleines. Il a laissé à son successeur un budget équilibré, ou un chéquier approvisionné. Dans une conjoncture pareil, le rachat des bons de guerre serait passé inaperçu dans les affaires courantes de trésorerie.

On craint toujours que nos enfants devront payer notre dette publique, alors que c'est nous-mêmes qui la payons. Il n'y pas de dette, il n'y a qu'un déficit. On s'en aperçoit lorsqu'on regarde comment les successeurs utilisent les comptes de finances publiques. Quand Kennedy arrive au pouvoir et trouve son chéquier plein, il propose un grand projet à son pays: nous irons à la lune. Quand Bush II arrive au pouvoir et trouve le chéquier plein, il partage le fric avec ses potes. Les comptes américains sont au rouge avant même la chute des deux tours. Les exemples sont américains, mais conclusions sont universelles. La situation financière d'un état n'existe que dans le présent. C'est la gestion politique d'une nation qui en assure sa santé financière.

En fait, il faut considérer le déficit comme un découvert et la dette comme des agios. Il est vrai que nous traînons ce déficit depuis fort longtemps déjà et que les agios commencent à faire lourd. Mais c'est comme ça. Ce n'est pas si grave. Le Japon a trainé un déficit représentant 200% de son PIB. Cela ne l'a pas empêché d'être la troisième puissance économique de la planète. Parfois même, il faut se servir de ce découvert autorisé, voire l'étendre pour faire face à un moment difficile.

Le problème auquel doit faire face l'état est le déséquilibre entre revenus et dépenses. A l'heure actuelle, l'état fait entrer moins d'argent qu'il n'en voit sortir. La logique de l'austérité, c'est de maîtriser les dépenses et augmenter les revenus. Cela peut paraître logique, si ce n'était que lorsqu'on parle d'austérité, on ne nous parle que de réduction de dépenses.

Si maîtriser les dépenses se résume à simplement les réduire, on ne peut guère faire mieux que ce que l'on fait actuellement. Les salaires de la fonction publique sont gelés depuis bientôt vingt ans, les services à faible rendement ont été supprimés: des cliniques dans des bourgs ruraux sont fermées, bien des gares sont désaffectés, des classes se ferment et des bureaux administratifs, tels que postes et mairies, tournent à mi-temps en campagne. Même l'armée en prend pour son grade avec des bataillions entiers de supprimés. A moins de carrément démanteler la fonction publique (ce qui peut être le but inavoué des dirigeants, mais ne faisons pas de procès d'intention), il est difficile de voir ce qu'on peut faire de plus.

Quand Nicolas Sarkozy remarque durant le débat de 2007 que 53% des dépenses c'est les fonctionnaires, il présente ce chiffre comme une dépense excessive. Si on a trop de dépenses dans l'état, c'est qu'il y a trop de fonctionnaires. Pour lui, comme pour beaucoup de gens, le travail est un coût. Et tout coût doit être réduit.

Rendre à César ce qui est à César
Le problème avec une logique pareil, c'est qu'on éteint l'embauche et par conséquent on éteint le service à rendre. Que l'état embauche ses agents directement, ou qu'il délègue la tâche à des tiers, il faudra qu'il paie le service. Donc si l'état veut sérieusement réduire ses dépenses il faudra qu'il démantèle ses services. Vu que les gouvernements successifs ont a réduit tous leurs services à leur effectif minimum, il n'y a plus vraiment de marge de manoeuvre, à moins de supprimer des services. Lesquels supprimer? Les écoles? L'armée? La maintenance des routes? Qui reprendra ces services, par nature déficitaires? Tout comme une industrie qui cherche à réduire ses effectifs pour un travail nécessaire finit par réduire son offre, et surtout sa principale source de revenu.

Quand Nicolas Sarkozy avance que le personnel représente 53% des dépenses publiques, il faut au contraire se réjouir, car cela veut dire que pour chaque euro donné à l'état, 53 centimes vont pour payer les agents eux-mêmes, c'est à dire que plus de la moitié des impôts et des taxes paye le service effectivement rendu: le policier, l'enseignant, le gardien de musée ou l'équipe médical. Le reste paye les prestations sociales (allocations familiales, etc.), les biens publiques (le Charles de Gaulle, une nouvelle autoroute, une école, ou des tramways) et enfin des frais de fonctionnement. En plus, une bonne part de ces 53% retourne dans les caisses de l'état, sous forme d'impôts et de taxes à la consommation. Un fonctionnaire, c'est rentable!

Avancer que le travail est un coût revient à énoncer un oxymore. L'investissement n'a de sens que dans le travail. Un investisseur donne de l'argent à un entrepreneur pour qu'il ait les moyens de mettre en oeuvre son projet. Ces moyens sont avant tout humains. Si l'entrepreneur pouvait faire aboutir le projet seul, il n'aurait pas besoin d'investisseurs. Mais comme le travail à faire représente plus que ce qu'il peut faire seul il doit faire appel à de la main d'oeuvre, ce qui va épuiser ses moyens financiers propre, d'où le besoin d'investisseurs. Comment l'investisseur pense-t-il récupérer sa mise? En vendant le produit fini. A qui? certainement pas à lui-même, puisqu'il a avancé l'argent de départ. Donc il le vend aux autres. A ceux qui ont besoin du produit, ceux qui ont travaillé à le faire, ceux qui ont travaillé à faire les outils nécessaires à ce produit, etc. C'est en assurant le travail qu'on assure le retour sur investissement. C'est pourquoi un investisseur qui place un euro à l'étranger a tout intérêt à en placer trois chez lui. S'il avance que seul l'étranger vaut la peine de recevoir des investissements il ne pourra plus vendre son produit chez lui. Et il se tire une balle dans le pied.


Si les entreprises ne veulent plus investir en France, l'état doit devenir l'investisseur d'ultime recours. C'est le grand avantage qu'à la France - et tous les autres pays d'Europe, d'ailleurs - sur les Etats-Unis d'Amérique. Aux Etats-Unis, l'état peut faire les dépenses nécessaires aux besoins collectifs (ces dépenses manquent cruellement, de part et d'autre de l'Atlantique), mais c'est tout. En Europe, on peut faire ces dépenses également, mais un pays peut aussi investir dans son économie et tirer les bénéfices de cet investissement. L'état non seulement peut bénéficier du chiffre d'affaire, mais il récupère une bonne part de sa mise par le biais des impôts et des taxes à la consommation, tout comme il le fait pour les fonctionnaires. Du coup, il peut tabler sur des échelles de temps bien plus long pour assurer la rentabilité de ses investissements; il peut penser bien plus aux besoins réels et bien moins à la rentabilité immédiate, car la rentabilité à court terme est assurée autrement. Un investissement pour un état comporte nettement moins de risques que pour un investisseur privé. Le secteur privé n'a que les revenus du chiffre d'affaire pour récupérer sa mise et donc devient bien plus conservateur pour assurer sa survie.
Qui dit que les caisses sont vides?

Malheureusement, loin d'investir, l'état désinvestit dans l'économie. Les vingt, voire les trente dernières années sont dominées par les dénationalisations. Les banques, TF1, Renault, Saint-Gobain, EDF, GDF et bien d'autres entreprises publiques ont été transférés au privé. Si leur ventes ont mis du beurre dans les épinards ponctuellement, personnes ne s'est demandé comment remplacer les revenus que généraient ces entreprises sur le long terme. Le déficit de l'état est bien plus un problème de chutes dans les recettes que de dépenses "galopantes". Les pertes de revenu des entreprises publiques en sont une raison importante.

Ces dénationalisations arrivent en même temps que les désinvestissements du privé dans l'industrie en France, ce qui entraine une perte de recettes encore plus importante: la réduction de l'assiette d'impôts, c'est à dire du nombre de personnes payant des impôts sur leur revenu: plus il y a de chômeurs, moins il y a d'imposés, et moins il y a d'argent qui entrent dans les finances publiques; c'est arithmétique. Comme ces chômeurs dépensent moins, il y moins d'impôts indirects également. A cela, il faut rajouter le gel des salaires ainsi que le recours de plus en plus systématique au temps partiel, et les embauches bien au delà des capacités réelles des candidats: le sous-emploi, qui plombe d'autant les recettes de l'état. Moins les gens gagnent, moins ils payent d'impôts.

Ce n'est pas les taxes indirectes qui parviendront à compenser ces pertes. Les taxes indirectes, telles que la TVA ou la TIPP sont liées à la consommation, et par conséquent liées à la capacité de consommation d'une société. Les hauts revenus ne peuvent pas consommer assez pour justifier la taxe et les revenus modestes sont limités par leur modestie même. Toute augmentation de la TVA serait annulée par le recul de la consommation.

Ah, les petits cubes...
C'est en augmentant ses dépenses que l'état réduira son déficit. Que ce soit la France qui agit seule (ce qui serait déjà bien), ou de concert avec le reste de l'Europe (ce qui serait encore mieux), il faut une politique volontariste d'intervention dans l'économie, c'est à dire des dépenses. Ces dépenses doivent être maîtrisées, bien sûr. Elles doivent être ciblées pour répondre aux besoins d'intérêt général, qu'il s'agisse du court terme (investissements dans l'équipement, l'éducation, la santé; reprise en main des finances) ou du long terme (nouvelles technologies pour répondre aux problèmes d'énergie  ou d'environnement; restructuration agricole pour les besoins d'eau et pour réduire la pollution) seul l'état a les moyens et le recul nécessaires pour y parvenir. Mais ces augmentations de dépenses seront compensées par les augmentations de recettes fiscales d'abord, économiques par la suite.

Ces dépenses doivent être en outre compensées par le retour à une fiscalité progressive, les recettes de l'état augmenteront et donc attireront par la suite le privé qui saura être assuré du retour sur investissement. De même que comme l'état peut récupérer une part de sa dépense par la fiscalité, de même le privé peut récupérer une part de la fiscalité progressive exigeante par l'achat de bons d'investissement du trésor public. La boucle serait bouclée.

Or, c'est l'inverse qui s'est produit. Arrivé au pouvoir en 2000, Bush a fait évanouir le surplus que lui a laissé Clinton en faisant baisser les impôts sur les plus haut revenus. En 18 mois, le pays s'est trouvé avec un déficit record, et aucune amélioration dans les services publiques. Au contraire, même: les services de police ont raté l'infiltration islamiste, tellement ils étaient devenu nuls. En France, on fait la même chose: le bouclier fiscal, la suppression des taxes d'entreprises, les heures sup' défiscalisées n'en sont que des avatars récents. Et les services publiques en pâtissent: écoles surpeuplés avec des classes dans un état de décrépitude avancé, routes enneigés avec une voie déblayée, de plus en plus d'affaires de justice gérées par de moins en moins de magistrat... C'est à croire que l'état mène une politique délibérée d'autodestruction.

On justifie la politique d'austérité comme une nécessité pour rétablir la confiance des marchés. Or avec l'austérité, on voit plutôt une course effrénée des marchés vers la porte de sortie. On pourrait croire à l'efficacité de cette politique si elle était suivie par une entrée massive de fonds d'investissement dans des pays comme la Grèce ou l'Irlande, qui l'appliquent à la lettre. C'est le contraire qui s'est produit. Depuis la mise en place d'une politique d'austérité, la Grèce a vu son crédit dégradé au niveau d'un investissement toxique et une disparition quasi totale des investisseurs, ainsi qu'un taux de chômage équivalent à celle de la grande crise des années trente. Même à des taux exorbitants, personne ne veut acheter des bons grecs, car rien ne garantit le retour sur investissement. En effet, peut-on avoir confiance dans une personne dont les recettes ne cessent de diminuer, et qui fait tout pour diminuer ses recettes?

... du faux!
Nous revenons à notre comparaison avec une banque qui accorde un prêt à un ménage: il fixe son accord sur la capacité qu'a ce ménage à rembourser. De même que la banque rechigne à faire un prêt à quelqu'un dont les revenus sont en baisse et qui passe son temps à claquer son fric, de même il rechigne à prêter à un état dont les revenus ne cessent de se réduire, et dont les politiques accélèrent cette baisse plus qu'autre chose.

S'il faut une politique "d'austérité", cette austérité doit être partagée par tous, sous la forme d'une fiscalité fortement progressive: plus tu gagnes, plus tu payes d'impôts proportionnellement. Lorsqu'une personne cent millions d'euro, et en laisse 90% à l'état, cela lui laisse dix millions d'euro; l'impôsé ne sera pas sur la paille pour autant. Les abattements fiscaux doivent également être établi en vue de l'intérêt général: en  réinvestissant dans des entreprises à forte main d'oeuvre en France, tes impôts seront réduits d'autant. Mais il faut surtout rappeler que servir l'intérêt général, revient à servir son intérêt particulier. Avec les impôts, on construit les routes qui transporteront les marchandises, on construit les écoles qui formeront les employés à venir..

Mais la plus grande austérité sera celle imposée à l'état même qui devra assumer une dette conséquente pour financer la relance. Le paradoxe c'est que, une fois lancée l'économie résorbera automatiquement la dette. Cela se voit aujourd'hui en regardant la santé économique de pays qui l'applique, telle que l'Argentine ou l'Islande; même le stimulus package au début du mandat d'Obama, quand bien même largement insuffisant, a aidé le pays à éviter le pire. En Europe, comme en Amérique, on n'a jamais vu le peuple plus riche, l'économie plus saine, les finances plus stables que lorsqu'il y avait des salaires élevés, une fiscalité progressive et une politique économique interventionniste.

On ne voit guère que deux personnes en France qui aient saisi même partiellement le sel de ce paradoxe: Villepin pour l'investissement public dans l'industrie, et Mélenchon pour le besoin d'une fiscalité progressive. Ce serait intéressant de voir le PS se mettre entre les deux pour créer la dynamique nécessaire et relancer l'économie, et réellement rétablir la confiance.

mardi 8 mai 2012

Après la bataille..

C'est vrai que quand on bosse dans les salles d'un musée, il n'y pas grand chose à faire de sa journée à part discuter. Et j'adore discuter. "Tu as la tchatche", me dit ma femme. Et c'est vrai que je suis capable de passer un bon moment à discuter de tout et de n'importe quoi avec un passant dans les salles. Les visiteurs sont une source intarissable de discussions. Mais c'est avec les collègues que l'on peut avoir les meilleures conversations: des conversations qui durent des jours entiers. Le problème vient quand on commence à discuter par blog interposé. Je n'ai pas toujours le temps de m'asseoir pour rédiger une réponse. Et mes postes tardent à venir. Mais, parfois, il faut y aller!

*       *       *

Voilà qu'un pote durant l'élection présidentielle m'apostrophe au beau milieu de son apologie de Sarkozy:

« Moi, les banques, je les aurais laissées s’effondrer », me disait un collègue cégétiste et néanmoins ami du musée (oui, parce que moi, j’ai des amis d’extrême gauche…). Mais bordel, Francis, si ta banque s’effondre, tu t’effondres encore plus ! C’est facile à comprendre, ça, non, que des pauvres comme nous ont besoin de riches comme eux ?

Bon, je reconnais que j'avais sorti la phrase un peu en provoc'. Fallait-il laisser tomber les banques? Est-ce que la situation aurait-été pire qu'elle l'est actuellement? Ben, la question peut se poser, quand on voit l'Espagne avec un taux de chômage comparable à celle de la Grande Crise des années 1930. On peut légitimement se demander si le sauvetage des banques leur a évité le pire. Même les Grands Sages de l'OCDE commencent à se demander s'il n'aurait pas mieux valu laisser tomber les banques...

Sarkozy s'est présenté comme le champion de l'austérité nécessaire et la pensée libérale (même s'il s'est gardé de l'appliquer à la lettre). Il est en somme, un nouveau Reagan. Comme Reagan, il a postulé la justesse d'un bouclier fiscal, et comme Reagan, il l'a fixé à 50%; comme Reagan, il a supprimé la taxe sur les entreprises, et comme Reagan, il a montré un sens pragmatique et concédé des points à une opposition en augmentant les impôts à des moments clefs. Mais sa pensée centrale, son idéologie est de réduire la présence étatique et favoriser le secteur privé.

Le problème, c'est qu'une telle politique anéantit la notion d'un contrat social et le remplace par une logique du plus fort. Je trouve qu'au nom même de cette idéologie libérale, au nom même de la réduction de l'intrusion étatique dans les affaires économiques, et donc, de la sélection naturelle économique (ce qu'on appelle le darwinisme sociale) qu'il fallait laisser tomber les banques. Les mauvaises entreprises font faillites; les bonnes prennent leur place. C'est dur et c'est cruel, mais la règle du jeu. Mais la nature est dure et cruelle; et comme mon copain auteur de l'article se plaît à me le rappeler: la nature, c'est l'intrusion du réel.

En Islande, un des paradis fiscaux de naguère, on a bel et bien laissé tomber les banques; on a même rappelé les banquiers à l'ordre, les condamnant pour détournement de fonds. On a même écrit une constitution plus socialement juste. L'Islande se porte comme un charme. tandis que l'Espagne et l'Irlande qui appliquent l'austérité à la lettre voient leurs économies plombées et leur crédit effondré. Peut-être que le modèle islandais mérite qu'on se penche un peu dessus.

Qu'ont-ils fait, à vrai dire? Ils ont laissé les banques s'effondrer, mais ils ne se sont pas contenté de regarder les décombre: ils ont maîtrisé l'effondrement. Ils ont laissé les grands institution financières faillir, mais ont  sauvé les banques qui assurent la véritable économie, celle qui finance l'industrie et s'occupe de l'épargne des gens. Ils ont même fait plus: ils ont soumis ces institutions à la loi. Ils ont mis les filous sous les verrous.

En Islande, le sauvetage des banques s'est fait sous des conditions draconiennes, et c'est ainsi que le sauvetage des banques aurait dû se faire dans le monde entier. En Islande, ils en ont profité pour rétablir le contrat social et mettre fin à la loi du plus fort. Ailleurs, ils ont sauvé leurs potes pour qu'il puissent encore et toujours démanteler le contrat social.

Je ne vois pas enfin à quoi les riches peuvent m'être utiles: est-ce qu'il assurent ma santé et celle de ma famille, de mes amis ou de mes concitoyens? Est-ce qu'ils financent ma retraite? Est-ce qu'il nettoient les accident pétrolières en Afrique? Est-ce qu'il reconstruisent les Appalaches? Est-ce qu'ils font au moins leur boulot, qui est d'investir près de chez moi pour assurer l'embauche et donc stimuler la croissance?

Je trouve bien plaisant qu'il disent que les états ne doivent pas assurer la sécurité de leurs peuples mais doivent tout laisser tomber pour les sauver de leur propre merde. Nous avons raté la dernière occasion pour rétablir l'équilibre entre la société et l'économie. Espérons que nous pourrons saisir la prochaine.

Car il y aura une prochaine.

vendredi 13 avril 2012

Surfin'


Two sites that I often check up on to get the News are Truthout and Reader Supported News. Both are basically alternatives to Time and in fact offer and interesting sprinkle of what's in the news States' Side. They also are the only place I know of that give regular coverage to the Occupy movements and its aftermath. And of course, now that the main thrust of the movement is past, various other configurations are cropping up in its wake. One article leads to another, and you find yourself knee deep in discussions about something you in fact know nothing about!

Well that's not absolutely true. In that last article, an Occupier was blasting a 99% organizer, as if it were the enemy. I may not be up to speed about OWS or even the 99%, but I do know a little something about organizing, and I have my opinions about the relationship that should exist between the organizers and the organized. So I posted an answer. and here it is, in italics, with some added comments.

"We were then asked to come up with some ideas about direct actions we could take."

That is the key with what was 'wrong'. If you want to fight, then you have to know what to fight for. If the organizers start by asking you what YOU want to do, then I'd say they're on to something.

If you come to these 'organizing' situations expecting to be told what to do, then it is you who are subverting OWS. For the entire point of the Occupy movement is to take back power. But that means learning to chose, to think for yourself, and organize the follow through that ensures success.

As a union rep in France, nothing irritates me more than the attitude that asks 'what are the unions doing'. Because the only answer to that is what are you doing?

That being said, you had the right idea in swapping phone numbers with your neighbor. That way both can look for what you need, and share your finds with each other and with others. That's what OWS is about.

If you crave training, my best suggestion is to check out your union locally. Yes, some of the people there might be silly and self important buffoons (but they appear everywhere), but most are people with their ear to the ground. At the local level, they are your colleagues; they speak your language, but they also have the logistical support to show how your situation fits into the greater scheme of things. They have behind them decades of experience of how the world shapes your workplace and life. And how to fight back.

Yes, some of my co-workers are self important fools as organizers. And, as in France, there are several competing unions, I leave to imagine the hostilities between them. But unions as a whole have learned a lot from previous events. In 1995, a major strike broke out to fight the pension revision plan. It lasted a month, but it also sustained itself because it work from the ground up. Each local telling the general Union how to behave. An interesting prequel to OWS, in a way...

I might even add that the source of your problems might not have been with the stated goals of the seminar, but with the person in charge of running the seminar. It is not an innate talent to teach.

If the Dem's start snooping around, fishing for votes, don't slap them away, coopt them: you have the whipping hand and can shape the party's objectives. It's up to you to tell the party what ideas it should have, not the other way around. It's what the Tea Party did to the Republicans. Democracy thrives on debate, not consensus. to face radical Republican, we need radical Democrats.

It is an interesting opinion that I've noticed among my colleagues, and often those on the left (but are my colleagues, albeit working class, on the left?):  those who hold power of any kind are selfserving and dangerous...

Part of what OWS is about is wrestling power from the elites. But that will never happen if you are not willing to touch the very levers of power at your disposal.


And that the elites don't hesitate to use. It often leaves me dazed to see that people can at the same time think that politics are useless and not wonder why the wealthy pump such collossal sum into the process.

The essence of the Occupy Movement, the 99% and any other of the similar movements, be they politically affiliated or not, is the inalienable Right to the Pursuit of Happiness. That means taking your life back, not fun and games, not playing Beatnick facing off against a Cop.

It means finding your purpose in life and then offering that purpose to fill the needs of the Collective Good.

mercredi 25 janvier 2012

After the Vacation

Back to work...

Vacations are fun. You leave everything behind and then come back with the view of life anew. Everything will come out great. You're batteries are charged and the world is off to a fresh start.

Then, of course you get back. After the Christmas break, it's even worse. Christmas is fun, no doubt, but what with the excitement of shopping, wrapping presents, seeing them ripped open in the blink of an eye, seeing parents cousins in-laws, eating tremendous amounts of food, and then starting all over again a week later with the New Year, it is easy to realize that the Christmas break is the one break you come out of more exhausted then when you went in!

Coming back though let you start afresh, and the best way to start is to tally up the last year. 2001 was an interesting year. The high water mark of the Tea Party, the Occupy movements, the Indignados in Spain, the Greek revolt and the British riots are all huge signs telling the elites that they have gone too far. Some countries have taken matters into their own hands. Iceland has told the IMF and the European Central Bank to go climb a tree (which, in Iceland, would take some doing, as there are no trees). They then indicted their top bankers and rewrote their constitution - online. Argentina, I hear, did something similar, and while thing are far from perfect, their economy is booming. Whereas the rest of the world is staying the course, maintaining austerity policies - and seeing their economies tank.

Jobs (Steve) and remembrance

Steve Jobs' death is somewhat symbolic in that he was the last entrepreneur (Gates has retired and the rest of manufacturing are held by corporate entities). He actually wanted to make things that would change the way people interact. and he did it. He was willing to risk his shirt and even lost it at times but always came back up, dukes in the air and ready to take on the next fight. No single person did more to make a computer personal. Now he's gone and we're left with a bunch greedy morons who haven't figured out that if the bottom line represents only money, they have created nothing but extensive arithmetics.

2011 should have trundled out a long lists of commemorations, but that didn't happen.

2011 is a decade mark for the the two most defining wars in American history.

It was the 150th anniversary of the Civil War (or the War between the States, or the War of Secession, depending on who's talking). That war essentially changed how the United States defined itself as a nation. The term United States went from being a plural subject to a singular subject. We say 'the United States is the last Super power'


2011 is the 70th anniversary of the bombing of Pearl Harbor, which brought the United States into World War II. Good or ill, it forced the United States to state that fascism (and not communism) was the greater threat to freedom. The fall out of the war was a restructuring of the World's political and economic structure, creating the most stable and vibrant society in centuries.

The only commemoration we did discuss was the tenth anniversary of the fall of the twin towers. It is interesting to compare how we reacted to both attacks. In 1941, America went to war, but not with out raising the sunken ships and realigning the entire society for a long hard war. In 2001, we sent a few battalions and put the entire invasion on a credit card. And Ground Zero is still a hole in the ground today.


In the week of 9/11, or, if you will, 9/11/11. Time magazine devoted an entire edition to the event. The most startling article was the closing editorial that chanted 'nothing has changed'. This, in and of itself is a surprising statement. The first thing that 9/11 proved was that the US security system is so dysfunctional that the government can't get the various agencies to work in concert, and therefore felt the need to create yet another agency, the Department of Homeland Security. We are so constantly subject to unwarranted searches that we don't even notice them. for now, all we have to do is take of our shoes in the airport. I'm waiting to find out when we'll have to strip naked to buy a postage stamp.

While waiting, Obama just signed into law the permission to use the army to clamp down on terrorism at home and indefinitely detain US citizens without charge. Indeed hardly anything has changed. We just trashed the very meaning of the US Constitution and have paved the way for a military dictatorship, but that is only consequential.

The other comparison is how well organized we were for World War II and how badly the War on terrorism has been botched. Eighteen months after entering, America had stopped Japanese expansion at Midway AND established an effective foothold in North Africa, launching the invasion of Italy.

After ten years  the two official wars (well as close as we will ever get. Congress needs the threat of a filibuster in order to decide to pee;I shutter to think of the covert operations we are undertaking) have all but hijacked our system of government. We entered the war without an objective - the proof of which being that the ostensible objective, the elimination of Ben Ladden (and that took seven years) has done nothing to change the course of the war. The troops we sent over there were ill equipped and ill prepared to fight such a war, and the home front was ostensibly shut out from any real participation. The public has been asked to go on with business as usual, which basically amounted to spending with reckless abandon.


Thrift and the deficit

We have conveniently forgotten the meaning of the word thrift or effort. I'd like to remind the few of you who are still reading that when Clinton left office, our budget showed a surplus. By the time the Twin Towers were hit, our new President had turned that surplus into a deficit that profited nobody except a few of his cronies. It is surprising to note that I have never read, seen or heard any one ask this annoying question: how are we going to pay for the invasion of Afghanistan?

After eight years of reckless abandon, our banks finally imploded. Our new President, it turns out, had the right idea, was given an overwhelming mandate to put that idea into practice and then was torpedoed by his own team. With political friends like that, who needs enemies? They liked the 'bail out the banks' idea, but somehow never managed the pesky problem of making the banks do their jobs. We bailed out these afore mentioned banks with almost three quarters of a billion dollars (gee where did that come from?) with no strings attached.  And now our monument to LaLa Land Journalism, Time magazine is asking why the banks are still not doing there job? Well, who told them to?

And so of course, there is the new deficit to think about. This of course drive me to a dither. As a unionist, I always come up against the same answer: the deficit. Whenever I talk to anybody about doing something to raise wages, improve working conditions, or just simply make sure we can take our vacation next year I hear a long sigh followed, by 'yes, but there's the deficit'. There's no money so we don't have a prayer. Perhaps, but remember that for the last forty years we have almost incessantly reduced public income and expanded public expense, and most interestingly not for public needs. The corporate elites get great break when they jet set around the country (of course it makes a lot of sense to travel in jets. No one with an ounce of sanity would use our roads!)

So while you spend your time wondering why you can't pay the rent or get a better job, because that will ony happen with the Second Coming, let me at least wish you all a Happy New Year...