mardi 5 juillet 2016

Brexit, Grexit, how can we fix it?

About twelve years ago, when I was debating the vote for the euro, a friend asked the following question:

Where is the sovereign that is to print the euro?

At the time, so enthused at the idea that with the euro we were beginning to transcend national boundaries (which was the foundational argument for the creation of the euro), I brushed the objection aside as if it were a side issue. With the experience of twelves years under the euro, it turns out that that question was the central issue. We may have transcended boundaries, but have failed to establish the necessary safe guards, which can be reduced to one question:

Who controls the euro?

When a sovereign prints money, that very sovereignty stands as a neutral arbiter in the transaction. The presence of the sovereign guarantees the value, and more importantly, the credit of the transaction, precisely because it is not involved in that transaction. The sovereign establishes the boundaries where that currency can be used. Where can it be used, how can it be used, what is it worth, etc... The currency is not there to increase the sovereign's wealth; it is there to enforce the sovereign's authority. Currency is a matter of policy, not economics. While there is always an obvious link between wealth and power, the use of currency is to translate power into a tool for transactions. Wealth, including the wealth of sovereigns is measured by currency, but it cannot function if it based on currency. A person who buys a large sum of one currency at a given rate of another currency does not increase wealth by reselling the currency for a larger sum in the other currency. The fiduciary value of both currencies has simply been reduced.

The battles over the euro are therefore not economic, but political battles. The history of capitalism is the history of the transfer of power from land to money. Land was shared, to point where people felt they belonged to the land rather than the other way around. Indeed the first duty of any person was to the land, and a nobleman was as much tied to the land as a serf was.


The first order of business in capitalism was to reverse that, by tying up land value to bank loans. This 'freed' the serf and transformed them into a disposable source of wealth - a workforce. Workers today are far more bound to the owners of their jobs than serfs were to the noblemen. Workers today are slaves, or whores.

The second order of business was to transform the land into a commodity - raw materials, that have nos soul, value or meaning - only worth. Something to be transformed into money. This transformation is buy mercantilism, buy centering all political and economic transaction on mercantile transactions, and thus centering everything on money.

The reason why this cannot function of course is because the center of power cannot be the vector of power. Money cannot be used as a basis for power while also serving as a basis for transaction. Land was a stable basis because it was taken out of the equation. Money is the equation. Money does not create the wealth of nations, it mearly measures it. You can gather all the measuring sticks, and say you are rich, but of course you're not. Everyone will walk away, because they have to. In order to survive, people will have to forge other means of transaction. And the entire edifice of monetery power will collapse upon itself, as it has done several times before.

The various crises we are living through, the Brexit, the avoided Grexit and the labor law rewrites that are being contestedly implemented in France, Italy and the rest of Europe are mearly the stress marks of the failure of the euro. The pains we are suffering are the denial of the Establishment in the face of this basic truth: the economic and political structures they have built are a house of cards that is crashing.

What we choose to do about it is the essential question driving today's march. In Paris, it starts at Place d'Italie at about 2 PM.
I'll see you there.

Paris, July 5, 2016

dimanche 1 mars 2015

Le temps s'en va - Aby Warburg et le cinéma

Philippe-Alain Michaud

Aby Warburg et l’image en mouvement.

Préface de George Didi-Huberman

Editions Macula Paris 1998-2013



Aby Warburg et le cinéma

Le temps s’en va, le temps s’en va, Madame
Las ! Le temps non, mais nous, nous en allons


Le texte a pour but de donner envie de découvrir Aby Warburg.

Comme une bonne partie des écrits de Warburg demeure inédits, on peut même y voir un appel à l’édition de son œuvre.

Pour susciter cette envie, Michaud se présente comme introduisant Warburg. Le livre offre un certain nombre de clefs à sa lecture. En cela, il s’oppose à Gombrich, qui bien qu’avoir développé une biographie intellectuelle de Warburg, s’interpose, selon Michaud, entre l’historien et les lecteurs…
Ce développement semblerait plaider pour une publication des inédits de Warburg à laquelle la biographie de Gombrich a plutôt fait obstacle en prétendant s’y substituer. note 6 page 34 

La clef de voute de la démonstration de Michaud est de souligner que Warburg s’intéresse au mouvement dans l’image. Dès son premier texte sur la Naissance de Vénus de Botticelli, Warburg s’attache aux effets de mouvement dans le tableau. (description page 79).

Elle se tient au bord du rivage (le profile nettement tourné à gauche) et présente à Vénus qui s’approche le manteau gonflé par le vent ; elle en tient le bord supérieur au bout de son bras droit tendu, et le bord inférieur de sa main gauche…
Cette étude de mouvement devient le fil directeur du livre de Michaud.

On a parfois même de mal à percevoir qui, de Warburg ou de Michaud, avance certains arguments. Mais Michaud présente une argumentation solide pour démontrer que le mouvement est au cœur de la pensée Warburgienne, que cette pensée se développera dans ses recherches sur le spectacle et sa rencontre avec les Hopis dans le Sud-Ouest américain, comme l’ont démontré mes camarades.

Michaud enfin développe cette analyse avec une analyse parallèle du l’histoire et du fonctionnement dans l’esthétique cinématographique. Lui-même remarque que Warburg n’avait pas vraiment fait le rapprochement. Il n’y a chez ce dernier que peu d’allusions au cinéma, qui se réduisent plutôt à une comparaison ou un emprunt de photogramme (page 40). Ce n’est pas très étonnant. Pour la génération de Warburg, qui est né 1866, le cinéma ne présente aucun intérêt artistique. « On peut dater de 1908 l’apparition – tardive – des premières vraies critiques de films dépassant le simple résumé de scénario ou de placard publicitaire dans la presse non spécialisé. »1 Autant dire que cela ne dépasse le phénomène de foire. A la fin du siècle, aux Etats-Unis, le cinéma est perçu plutôt comme un pétard mouillé, et la prolifération de salle au début du siècle dernier passe sous un silence assourdissant.2

Mais le livre de Michaud fait valoir que la méthodologie de Warburg – surtout dans l’aventure du Mnémosyne - suit une logique cinématographique. Les recherches de Warburg sont en effet contemporaines aux inventions de W.K.L. Dickson pour la compagnie d’Edison3 (chapitre 1, « La Scène cinématographique à New York ») ainsi que des recherches sur le mouvement par Etienne Jules Marey (Chapitre 2, Florence I : « la circulation des mobiles »).

La démonstration de Michaud dépasse la simple comparaison. Le regard de Warburg est en effet un regard cinématographique. L’image en mouvement parvient à expliquer le mouvement dans l’image.
Il importe alors de comprendre le fonctionnement cinématographique. Tout comme l’arrangement et la juxtaposition des mots donnent un sens au discours, l’arrangement et la juxtaposition des images donne un sens aux films.4 Beaucoup d’éléments ont une influence sur notre regard cinématographique : l’angle de vue (vertical et horizontal), la distance, la profondeur de champ… Le tout forme un complexe d’idées qui peut être qualifié de grammaire cinématographique. Nous ne sommes concernés ici que d’un certain nombre, en particulier le cadre, le mouvement et la juxtaposition.

Le cadre est l’élément central de toute expression artistique. Il délimite la frontière entre notre monde et le monde de l’œuvre d’art. En cinéma il est non seulement fixe (a priori), mais immobile. Il est toujours rectangulaire. Le mouvement en cinéma vient précisément de la tension entre l’immobilisme du cadre et la mobilité des objets et des évènements dans le cadre.

Il existe trois formes de mouvements :

1) Le mouvement des objets (les personnages qui se déplacent, le véhicule qui avance, etc…)

2) Le mouvement du regard (le déplacement de l’objectif)

Un exemple de ces deux premières formes de mouvements : Alice Guy, La Naissance, la vie et la mort du Christ. 26’:30‘’ La foule avance vers le Golgotha, puis la caméra tourne pour maintenir le regard sur le Christ portant sa croix. Un des premiers mouvements panoramiques de l’histoire du cinéma.5 Il faut rappeler qu'à l'époque, l'objectif était à distance de mise au point fixe. Tourner la caméra n'était peut-être pas évident, il n'est pas permis d'assumer que les tête de trépied était a priori mobiles. Encore moins le trépied lui-même: les travelling de Griffith se faisaient sur un camion et Le Dernier Homme de Murnau (1924) fait un grand état de la mobilité de la caméra. Pourtant Alice Guy réussit le mouvement de caméra, ou la procession et le camera tourne en miroir, ce qui dépasse le simple réajustement de cadre : il s'agit d'une véritable direction d'acteur et de caméra; il y a un changement radical de contenu. Nous voyons avancer la foule pour ensuite voir se démarquer le Christ qui porte sa croix. Entre le début du plan et la fin, il y a un changement non seulement complet de cadrage, mais un changement de perspective c'est à dire un changement de signification. De ce mouvement nous voyons s’esquisser le troisième et le plus cruciale des mouvements :

3) Le mouvement du spectateur, qui se traduit le plus souvent par une coupe. Ainsi, le film amène le regard du spectateur à se concentrer sur un aspect particulier des évènements montrés ou bien le transporte vers une autre série d’évènements.

Le mouvement exprime l’évolution des objets dans l’espace. Mais pour percevoir le mouvement, il faut fractionner le regard : « le regard exécute le mouvement en vis-à-vis afin de produire l’illusion que c’est l’objet qui se déplace » (page 92). Nous regardons en outre un tableau par morceau. Nous regardons Venus sur son coquillage, puis voyons ses cheveux flotter, puis voyons le vent qui souffle… Nous décomposons l’image pour la recomposer. Tel est également l’exercice du regard cinématographique, qui décompose l’objet pour ensuite la recomposer. C’est d’ailleurs la base de travail de la série Palettes.
Ce regard composé dynamise l’objet filmé et lui confère une nouvelle suite de significations, qui s’amplifie au contact d’autres éléments, en particulier des éléments sonores. Le film Le Christ mort par la simple juxtaposition d’éléments du tableau Le Christ mort couché sur son linceul de Philippe de Champaigne avec des extraits des Pensées de Blaise Pascal offre une nouvelle série de considérations sur la condition humaine et divine.6

Warburg ne s’était pas intéressé au cinéma ; en revanche il avait exploité les possibilités de la photographie. L’exposé qu’il fit sur son voyage dans le far-west américain est un travail sur des diapositifs, qui annonce les projets de Ken Burns, tel que son documentaire fleuve sur la Guerre de Sécession américaine.7 Le film enchaine une narration, des photos d’époques, des citations des divers participants ainsi que des entretiens avec historiens et romanciers ; le tout forme un collage qui permet de donner un sens à ce bouleversement.
La photographie permet un rapprochement dans le temps aussi bien que dans l’espace. La juxtaposition de trois détails portraits de Maria Portinari lui permet de mesure l’évolution dans le temps de la personne de Maria Portinari et de parler de son dessèchement et ‘usure de l’âge’ (page 141.).8 La juxtaposition permet d’apprécier le mouvement dans le temps des objets et évènements dans l’image, et libre à chacun de tirer les conclusions de cette juxtaposition.

Telle est la base du montage, le dernier élément de la grammaire cinématographique dont dispose Warburg. Le montage, bien sûr ne se contente pas de manipuler le temps. Le montage est le fond même de la composition plastique du cinéma. De la juxtaposition de deux éléments disparates nait un troisième élément, une idée abstraite. C’est le principe derrière l’effet Koulechov, qu’Hitchcock a su brillamment exploiter dans Fenêtre sur Cour.

Nous prenons un gros plan de James Stewart. Il regarde par la fenêtre et il voit par exemple un petit chien que l’on descend dans un cours dans un panier on revient à Stewart, il sourit. Maintenant, à la place du petit chien qui descend dans le panier, on montre une fille à poil qui se tortille devant sa fenêtre ouverte ; on replace le même gros plan de James Stewart souriant et maintenant, c’est un vieux salaud !9

C’est ainsi que l’on peut comprendre la fresque du Mnémosyne. Par le biais de la photographie, Warburg affirme le principe du montage. C’est-à-dire que de la juxtaposition contigüe des images, aussi bien que de leur composition interne nait des idées nouvelles, qui ne se trouvaient pas dans les composants séparés. Lorsque les tableaux à fond noir sont photographiés, recouverts d’une grande diversité de planches, une nouvelle image se crée, image qui englobe et dépasse l’ensemble des images rassemblées.

On peut y voir un montage, mais on peut y voir aussi la technique du story board : souvent pour préparer un film, le découpage est au préalable dessiné et puis punaisé sur un tableau. Le réalisateur peut par la suite réassembler ses images jusqu’à ce qu’il trouve l’agencement qui lui convient. Le fait que ce projet ne fut jamais complété est révélateur. Plus intriguant est le silence. Warburg propose un atlas en image, mais il n’y appose aucun commentaire, aucune explication, aucune grille de lecture. Les images doivent se suffirent à elles-mêmes.

« La peinture pense de façon non verbale, » dit Daniel Arasse10. Les mots viennent pour essayer d’exprimer l’émotion, de comprendre ce que l’on voit et ce que l’on entend en regardant un tableau. Il y a même un va-et-vient : le silence d’abord, « l’émotion pure qui ne se verbalise pas. »11 Puis viennent les mots, presque incessants, que l’on amoncelle « en sachant pertinemment que ces mots ne recouvrent pas l’émotion dégagée. Donc c’est le tonneau des Danaïdes. »12 L’image résiste aux mots, qui lui tournent éternellement autour mais ne la pénètre pas. « Même quand un tableau, une fresque, a été compris, y revenir c’est affronter le silence de la peinture. »13 Le Mnémosyne c’est dans l’espèce le silence du passé. Un passée qui se décline en une infinité d’images.

Ce silence est encore plus profond, et tout comme il eut été vain de penser que la bibliothèque trouverait une configuration finale, il eut été vain de conceptualiser le projet du Mnémosyne. Ou même d’espérer voir son achèvement. Rappelons que nous n’avons pas affaire à un film mais à un story board, dont la fonction et de permuter les images pour trouver le sens le plus exact. Mais ici, nous avons affaire à des glyphes, des chiffres qui contiennent les clefs de la vie de Warburg, qu’il a cherché à épingler sur un mur pour regarder le déroulé de sa vie. Mais chaque jour apporte son nouveau lot d’images, qui viennent remettre en cause l’enchainement tout entier. Le film vient après quand l'agencement est fixé et décidé. Le Mnémosyne est dans ce sens une concrétisation de l'aphorisme de Sarte: l'existence précède l'essence. Aujourd’hui, la photo de la jeune indienne appelle l’image de la nymphe, l’une comme l’autre portant la cruche sur la tête. Quelle autre association suscitera de nouveaux enchainements d’images demain ?

Le cinéma est la réalisation de la caverne de Platon. Nous ne regardons pas l'œuvre mais sa projection sur une toile. Et pourtant nous y régissons aux événements projetés comme s'il s'agissait de faits réels. Mais un film n'est pas une image, mais une série d'images qui se déroulent dans le temps. Ce temps qui permets aux événements de se déployer de s'expliquer ,de se réaliser. Michaud nous a montré la vie de Warburg comme un film, avec ses rebondissements et ses aventures, ces changements de situations et de perspective, qui conservent quand même un fil directeur. L'image en mouvement explique le mouvement dans l'image.
Qui dit mouvement, dit changement et le changement, c’est l’impermanence intrinsèque des choses.


1 Claude BEYLIE : « 1895-1930 » in La Critique de cinéma en France (première partie : Histoire de la Critique en France) Paris, Ramsay Cinéma, 1997 ; page 15


2 Cf Robert SKLAR, Movie Made America : A Cultural History of the Movies. New York, Random House 1975, page 18

3 Mais le rapprochement n’est pas uniquement formel, puisque la compagnie d’Edison filmera les danses indiennes, qui seront également un élément important dans la réflexion de Warburg.

4 Frederick KURETSKI, cours de cinématographie, 1991 California State University, Northridge.

5 Alice GUY, La Naissance, la vie et la mort du Christ, 1906, société Gaumont

6 Francis MICKUS, Le Christ Mort, 1999, A 1000 Monkeys Production

7 Ken Burns, The Civil War, 1990, Florentine Films

8 L’auteur en a de bien bonne : elle a mis au monde au moins neuf enfants – ce qui n’est pas une mince affaire – et on pourrait aussi facilement dire qu’elle a pu, au bout de tout cela, garder une grâce et une élégance qui sied à son rang : elle n’a peut-être pas de quoi remplir la main d’un honnête homme, mais elle aurait pu devenir une Mamma italienne qui pèse deux tonnes et qui terrorise sa famille.
L’ère médiévale offrait en fait une vision bien plus dynamique de la femme qu’à l’ère moderne. La description est plus révélatrice de l’homme qui décrit que de la femme décrite. On apporte nos propres expériences et nos propres connaissances à la lecture d'une œuvre.

9 Hitchcock/Truffaut, Edition définitive, Paris, Ramsay Poche Cinéma, 1983, page 179

10 Daniel Arasse, « Le Tableau Préféré », in Histoires de Peintures, 2004, Paris Gallimard, coll. Folio essais, page 22.

11 Daniel Arasse, ibid., page 24

12 Daniel Arasse, ibid., page 26


13 Daniel Arasse, ibid., page 27

vendredi 8 février 2013

Pop Populaire

Un film de fille, un film de cinéphile, jolie comédie romantique, suspense sportif... Populaire est tout cela. Pour les rares qui ne l'ont pas encore vu c'est l'histoire de la jeune Rose Pamphyre (Déborah François) qui veut devenir secrétaire et qui se fait remarquer par son patron Louis Echard (Romain Duris) pour sa vitesse à la machine à écrire, et il en fait la championne du monde. Histoire aussi simple que le monde rétro dans lequel elle se déroule.
En effet, le premier attrait est le côté rétro de la production. C'est plutôt remarquable, d'avoir réussi à reproduire des quartiers entiers de Paris ou New York, autant pour les costumes, les décors, et les accessoires, dont l'accessoire central est un dinosaure: la machine à écrire. Il est certain que le film surfe sur les succes à reconstitution onirique que sont Amélie Poulain, Pleasantville, The Artist, OSS 117, L'Illusioniste, J. Edgar ou The Help. Le succès des adaptations-reconstitution actuelles d'Agatha Christie en sont l'exemple le plus flagrants de la force de cette tendance. Le film même est vendu par son aspect référentiel: Rocky chez les dactylos (ils ont dû bien se marrer en écrivant!).

Régis Roinsard, pour remplir le contrat, s'amuse visiblement à jouer dans la citation et le pastiche. On retrouve Minnelli et Gene Kelly, Le Pat and Mike de Cukor, Vertigo de Hitchcock... Même les personnages se construisent par des systèmes inavoués de référence. Bob (Shaun Benson), le voisin américain, vit sa vie comme une série télé, en bon père de famille gagne-pain, avec de beaux enfants, et une femme qu'il aime et qui l'aime. En France, on ne connaît pas Leave it to Beaver, mais les séries de familles dominaient la télé américaine à l'époque. La boucle est bouclée. (A cet égard, il est, à notre sens, un véritable régal de redécouvrir le plaisir d'un générique qui campe autant les thèmes essentiels que l'esthétique général du film. De nos jours, on préfère rejeter le générique à la fin et c'est dommage...)

Bien des critiques reprochent cette reconstitution à Roinsard, mais ce dernier pointe du doigt la réalité des films dits 'historiques': on ne se souvient pas d'une époque, mais des images qu'on en garde. Comme le classicisme de Stravinsky ou les alexandrins d'Aragon, c'est une reprise en clin d'oeil. Roinsard ne s'y trompe pas. S'il cherche à faire un film à l'ancienne, c'est pour établir un ton particulier. Quand on se souvient des années cinquante, on pense à l'époque où l'Amérique s'impose à la France sans que la France s'en sente menacé (à cet égard, De Gaulle était prémonitoire). L'ancienne France est finie, la nouvelle se reconstruit et, comme le prouve la compétition, peut encore tenir tête au colosse américain. On ne pense pas à la fin de la guerre d'Indochine ou des débuts de la guerre d'Algérie, on pense au technicolor, on pense à Marylin Monroe, Grace Kelly ou à Chantons sous la Pluie, ou des plans sulfureux de Vertigo.

Tout cela, n'en déplaise à certains rabat joie, c'est loin d'être aussi facile qu l'on croit: un seul faux accessoire, une fausse tache de couleur et le tout s'écroule. Il faut saluer travail de Roinsard et celui de son directeur de la photo, Guillaume Schiffman, d'avoir rendu la luminosité à la couleur. Les films actuels de reconstitution reste souvent très gris (J. Edgar) ou bien à dominante monochrome (Gangs of New York). Ici, on redécouvre la volupté du dialogue des couleurs. Citons en exemple la tâche verte de la petite machine à écrire que Rose choisit d'utiliser lors de l'ultime compétition. On ne voit qu'elle dans l'océan de rouge et de rose alentour. D'un bout à l'autre, l'équipe entière parvient à nous faire oublier l'univers terne des film actuels pour retrouver la nostalgie de la Dernière Séance, série anthologique de films présentés dans un décor des années cinquante par Mr. Eddy lui-même, qui vient ici tenir un rôle savoureux de patriarche franchouillard et en fin de compte sympa. Les vers d'Aragon sont toujours exacts.

Mais à force de parler de références, on perd de vu le film. Tout en reprenenant le monde technicolor des comédies de l'époque, il est étonnemment physique, voire sensuel - et pas à la manière des films de l'époque. Le toucher domine le film à un point qui serait inimaginable à l'époque, à commencer par la main. Comme la dactylographie est avant tout un exercice de doigté, l'intrigue offre à la main une place visuelle inédite: le rendez-vous noté sur la main du patron, qui vient ressurgir durant le match de tennis; les mains que Louis vient vérifier après la chute de vélo de Rose; les ongles colorés pour préparer l'entrainement; les massages des doigts fatigués de la jeune Rose; le jeux de couteau atour des doigts de Louis, suivi du pansement fatalement nécessaire; les mains de Marie (Bérénice Béjo), la prof de piano (et premier amour de Louis) dirigeant les doigts de l'héroïne; le doigt d'honneur de la championne de France; la cascade de mains pour faire apparaitre Rose; et, enfin, la véritable déclaration d'amour faite par les mains lors du dîner à table la veille de Noël.

Après les mains le reste du corps semble aller de soi: la chemise mouillée sous la pluie quand Rose tombe son vélo; les jeux de jambes de Rose qui attend l'arrivée de Louis dans sa chambre, les positionnements du corps devant la machine à écrire, avec les mains (encore) de Louis allant (tendrement, presque malgré lui) des épaules de Rose à ses coudes. Tout au long du film, le corps n'hésite pas à crier haut et fort l'évidence que la tête refuse d'admettre. Lorsqu'il dansent leur tango, Rose et Louis s'il ne sont pas exactement synchrones, ils se répondent: ils 'vont ensembles,' ils se complètent. L'un sans l'autre n'a pas de sens. La scène d'amour avant le championnat de France prend donc toute sa force comme point culminant de ce corps à corps.

Et quel meilleur sujet donc pour une histoires de corps qu'une histoire d'athlète? Comme pour tout film de sport, on a un film sur les relations entre un entraineur et un athlète. On retrouve Rocky, mais on retrouve aussi Pygmalion, mais avec un caractère bien plus âpre: du début jusqu'à la fin, c'est un jeu de manipulation: Louis fait et dit exactement ce qui doit être fait et dit à Rose pour en extraire sa victoire, jusqu'à la repousser, jusqu'à sa déclaration ultime. Il décèle son talent, la peaufine (au début du film, détail cocasse, Rose tape avec une rapidité extraordinaire avec deux doigts; c'est Louis qui lui montre les techniques du clavier avec tous les doigts, et elle finira par taper plus vite que la machine), l'entraine au sens propre vers ses premiers matchs et ses premières victoires. Il lui donne la confiance de l'amour et, à son corps défendant (c'est le cas de le dire), la repousse, ce qui lui permet de voler de ses propres ailes. Il est intéressant de remarquer à qui 'appartient' chaque victoire: la première est la victoire partagée par Rose et Louis, le fruit de mois d'entrainement et de perfectionnement; le deuxième est à Louis, qui doit l'arracher de Rose, geste qui le retourne et qui le fait quitter la salle tellement il est effrayé par le regard noir deque lui jette Rose et qui finalement coûtera leur vie d'équipe; la troisième victoire est à Rose, au moment où de jeune fille elle devient femme, heureuse, indépendante et accomplie, où donc elle a une rage de vaincre qui se lit dans son visage, dans ses giffles qui le sert de renvoie de rouleau, ou rien, meme pas l'emêlée des touches ne l'empêchera de gagner.

L'émancipation de Rose vient de sa découverte qu'elle n'a pas besoin de Louis pour réussir son exploit. Si lors de sa première victoire elle regarde du côté de Louis pour reprendre confiance, à la fin, elle décide de jouer selon ses propres règles et se présente avec la machine qui l'a révélée à elle-même. Le vrai champion gagne à jouer par ses propres règles. Louis sait qu'elle n'a plus besoin de lui pour gagner; il en est même fier, ce qui fait la force de sincérité de sa déclaration finale: on voit bien que même si Rose perd le championnat, il l'aimera. Louis, athlète raté, voit en Rose la championne qu'il avait toujours voulu être. Il voit en elle son aboutissement. L'entraineur en fin de compte a bien plus besoin de son athlète que l'inverse.

Mais il est celui qu'elle a choisi. Rose n'a pas besoin de Louis pour gagner; elle a besoin de lui pour s'accomplir, pour vivre. Et pour l'avoir, il va falloir qu'elle apprenne aussi à le lâcher. "C'est difficile d'être une championne, dit-elle sur la tombe de sa mère, c'est déjà difficile d'être simplement une fille". Pour elle, le choix est fait dès ce dîner de Noël, où Marie la présente comme la fiancée de Louis (et puis s'en va). Rose n'hésite pas un instant à le défendre face à son futur beau-père. Si douleureux que soit leur séparation, il est nécessaire, pour qu'elle devienne la championne dont rêve Louis.

Car, pour Louis c'est plus compliqué. Rose c'est son poulain, sa championne. Ce championnat est même plus important que tout le reste, au point qu'il décide de la repousser, pour qu'elle puisse réussir au mondial. Mais cette compétion est aussi un pretexte pour éviter d'avoir à avouer ses sentiments, qui sont pourtant là depuis le début: quand il en chante les louanges à Bob; quand il ne quitte pas des yeux (pour ne pas dire la dévorer des yeux) durant la première compétition. "Pourquoi veut-on toujours décider à ma place," s'énerve-t-il. Mais la réponse est évidente. Louis ne sait pas choisir, ne sait pas saisir les occasions. Et finit par fuir. "J'avais peur" dit-il à Marie. "On a tous peur" lui répond-elle. Sa vie se définit par des non-choix, qui deviennent des choix par défaut. Et sa vie bascule lorsque, sans vraiement s'en apercevoir, il fait un choix: celui de lancer Rose dans la compétition, de la former de l'entrainer, et enfin de la choisir elle pour ce qu'elle est.

Populaire n'a pas de grand message à passer, ni même de combat véritable à mener. Il un des rares film sans méchant. Il y des goujats, des vauriens, des pusillanimes, des décidés, bref des gens comme vous et moi. Mais il n'y pas d'antagoniste, il n'y parsonne qui cherche à empêcher la réussite de notre héroïne. Certains critiques ont reproché le manqe de références à l'Algérie, ou même son machisme. Mais ce n'est pas un film sur les années cinquantes. C'est un film qui se passe aux années cinquante. Quant aux accusations sur le machisme, n'oublions pas que Louis n'hésite pas à faire la cuisine et le ménage. Et pour Rose, être secrétaire est une véritable réussite sociale. Le point de départ pour tout le reste. Mais là encore, ce n'est pas véritablement le propos. Ce n'est pas un film sur l'ascension sociale des femmes. C'est un film sur un fille qui tape à la machine plus vite que son ombre. Ce n'est peut être pas un grand-film-important, mais c'est un beau film et c'est un bon film. C'est un de ses rares films magiques qu'on a envie de revoir car on a envie de revoir les personnages comme on a envie de revoir des amis. C'est enfin un de ses films sans prétention qui, sans en avoir l'air, offre un regard juste sur les choses de la vie.

mardi 9 octobre 2012

Que se passe-t-il?

Le problème des manif's

A vrai dire, c'est déprimant, une fin de manifestation. On arrive au bout du parcours, on roule la bandrole, on se fait la bise, et on rentre à la maison ranger la vaisselle et faire la popote. Le tout finit en queue de poisson, et on se demande ce qui s'est passé.


Il n'y pas à dire, c'est sympatique de retrouver camarades, collègues et amis, pour prendre des nouvelles et tailler une bavette. N'aurait-on pas pu faire autant avec une bière et le coude sur le comptoir d'un café? quel est l'intérêt de la manif? Quelle différence y-t-il d'une manif à une autre: les manif's en fin de compte se ressemblent et se succèdent et on pietine autant dans la tête qu'avec les pieds.

Elles ont perdu toute signification et donc on attend que sa passe et on (autant les manifestants que les cibles de la manifestation) fait comme si de rien n'était. Tout le problème est là: pourquoi s'est-on manifesté?

Les manifestations ont perdu leur sens, autant leur direction, l'idée d'un objectif à atteindre que leur signification, les idées qu'elles doivent porter.

I have a dream...

Se souvient-on des centaines de milliers de personnes qui ont convergé sur Washington? Non, on se souvient du discours de Martin Luther King, Jr, avec ses phrases devenues emblématiques: "c'est maintenant le moment de parachever la promesse de la démocratie." C'est le discours de I have a dream. C'est le discours qui forgera tout le vocabulaire des exigeances de droits civiques.

Des paroles qui deviendront aussi irrefutables qu'incontontournables, et même si la force initale vient du nombres de personnes ayant participé, cette force sera elle-même résumée dans un discours, celui de cet élu qui dira "il n'y a pas de force plus irresistible qu'une idée dont l'heure est arrivée. L'heure des droits civiques est arrivée." Ce sont les mots qui donnent aux actes leur réalité.

Ce sont les mots qui donnent aux actes leurs sens.

Ce sont préciséments les mots qui manquent à nos manif's modernes. Les manifestations sont certainement visibles, avec leur cortèges interminables; elles sont égalements audibles ables les clairons, les sifflets de polices et la sono à fond. Elles ne sont plus intelligibles. Toute parole est réduite à des slogans qui par leur formulation en refus renforcent le discours adverse. Qui est là pour offrir un autre sens, un autre discours d'autres mots aux manifestants eux-mêmes?

Qui est le leader?

Un leader n'est pas une personne qui décide; un leader est la personne qui porte la décision, qui parvient à ammener les autre à réaliser leur desirs et leurs exigeance. Un leader donne un sens à la manifestation. Et il y parvient par la parole.

Une manifestation est un moment fort, un moment de convergence pour exprimer une  revendication commune. Mais il faut donner forme à cette comunauté d'esprit, il faut lui donner un sens. Le moment de le faire est à l'arrivée, au terme de la manifestation, pour dire pourquoi nous sommes là. a l'arrivée il faut que les conversations, les sifflets, la sono cessent pour que la parole puisse prendre sa place pour que le leader prenne la parole, pour que les mots puissent se dire.

Il faut, à l'issu de ce rassemblement un moment de recueillement pour donner aux actes leur sens. Chaque manifestation sans discours de cloture est une occasion manqué pour changer les termes du débat et reprendre le sens de la parole.

mardi 2 octobre 2012

Progressives' voter tactics...

If Progressives don't vote for "War criminals", then they are fools. All presidents have bloody hands. The real war criminal was George HW Bush, and Progressives preferred to sit on their hands rather than vote him out of office in 2004.
The American process is a one vote single round system. If you camapign for a third party, all you will do is hand over the presidency, and the House and Senate to the Republicans.

If you want to push the Dem's to a more progressive agenda, take a leaf from the Tea Party: develop an agenda and ramrod that agenda DURING THE PRIMARIES. That's where you'll you'll change the party's directions.

When Progressives took what they could get, they had Two Roosevelts (the anti Trust acts, the New Deal), Wilson (the Society of Nation, the blueprint for the UN), Truman and, yes, even Kennedy and Johnson (the New Frontier and the Great Society, not to mention that minor detail, Civil Rights). Even the best Republican in office, Eisenhower, maintained and augmented the New Deal (the interstate freeways). None of them were saints by any stretch of the imagination. But the force was powerful enough to put a man on the Moon and get a Nixon to set up the EPA (I don't know which is the more startling).

Since 1968, the Progressives have dropped out of the elctoral process and what have we got? The dismantaling of American manufacturing, and the transfer of all wealth to an ever increasing financial elite, which has sent not only the American economy, but the world economy into financial decline, not to say nose dive.

If you want the Messiah to return, go to Church, but don't call yourselves politically progressive or anything else. To be political is to realise that a bit of good helps a whole lot more than demands for perfection. and to achieve that little bit of good is to understands the levers at your disposal and take whatever you can get to get there, one step at a time.

So yes, I'll vote for the guy who did at least something to increase everyone's access health care, and even tried to put gas in the economy's engine (though not enough to get far) rather than for the guy who prides himself in selling his country and his soul to the highest bidder.

jeudi 24 mai 2012

Le Paradoxe

Ouf!

L'élection est passé, on a viré le petit connard, on peut maintenant tourner la page.

Mais finalement, qu'a-t-on fait? On a élu un nouveau président parce qu'on n'a pas apprécié la politique du précédent. Le nouveau a même établit son premier gouvernement, qui a le mérite au moins d'apporter du sang neuf. Est-ce que ce sang neuf apportera des idées neuves? Cela reste à voir.

L'homme du moment!
Le changement c'est maintenant. Cela veut dire quoi? On remplacé une sale gueule par une autre (bon un peu plus propret, peut-être, mais c'est un détail). Cette nouvelle tête s'est entourée d'autres nouvelles têtes. Et alors? Est-ce que la sale gueule en question était l'Alpha et l'Oméga de la politique? Et d'ailleurs, était-ce la politique qui nous gênait? Bien des gens pensent que la politique qu'il a menée était inéluctable, qu'il va falloir continuer, quelque soit son successeur, qu'on va avoir des années à baver, et on ne pourra rien y faire. Or c'est cette politique qui est suivi qui est le problème, pas les gens qui l'ont mené.

Mais, s'est-on réellement penché sur le problème? C'est la force de Sarkozy d'imposer un climat, c'est à dire un caractères émotif et personnel à une situation. Et et en faisant cela, il parvient à détourner la conversation. Comme je l'ai dit plus haut, 'on a viré le petit connard', c'est à dire qu'on a réagit à la personne plutôt qu'à la politique, et la campagne a été déraillée. On ne peut pas le juger sur ce qu'il a fait.

En personnalisant le vote, on a exagéré le caractère émotif, sans réellement étudier en étudier le caractère structurel de la question. C'est facile à faire quand on vit l'impact sur la vie des gens ordinaires qu'ont les décisions prises par nos dirigeants. Chômage et sous emploi enracinés ont grillé une génération entière et sont en passe pour griller une seconde. Mais si on regarde la question de façon dépassionnée, on s'aperçoit qu'il y a en fin de compte deux problèmes que l'on peut qualifier 'd'économique' au sens grec du terme, c'est à dire dans la gestion de notre maison, la nation. L'une est la dette publique (ou le déficit, c'est en fait la même chose), et l'autre est l'économie (dans le sens plus moderne du terme) en berne.

Les deux sont liées mais non de la manière que l'on croit.

Commençons par la dette. Car c'est la dette qui semble tout empêcher. Tout le monde pense qu'avec son déficit colossal, la France, comme tous les pays d'Europe n'a pas les moyens de mettre en oeuvre sa politique (quelle que soit cette politique). C'est déjà discutable, car la France a trouvé les moyens de débloquer des sommes considérables pour sauver les banques (alors qu'elle était déjà au bord du gouffre) ou pour envoyer des troupes en Afghanistan ou en Côte d'Ivoire. (On pourait croire que ces opérations ne coutent rien, tellement on s'inquiète peu de combien elles plombent le budget). Mais quand il s'agit des besoins sociales (hôpital, écoles, retraites), les caisses sont soudainement vides.
Il faut distinguer le vrai...

Il faut commencer par oublier les caisses: elles n'existent pas. Les finances de l'Etat sont simplement un système d'entrée et de sortie d'argent. Les finances publiques ressemblent bien plus à un compte courant qu'à un compte d'épargne. Et à l'instant T, à ce moment, on est déficitaire, dans  le sens que plus d'argent sort que ne rentre.

On a tendance à comparer les finances de la nation aux finances ménagères. L'analogie peut marcher, mais que jusqu'à un certain point. D'abord, un ménage a une durée de vie fixe, et donc les sommes dont il pourra disposer, son crédit, est limité dans le temps. D'autre part, l'argent qu'il reçoit, ses ressources, est plutôt fixe, puisque limité à son salaire, et dans une moindre mesure les produits de ses réserves (les revenus de son épargne, son patrimoine immobilier). Ce salaire peut varier certes: on peut espérer qu'il va croître même, mais en fin de parcours pas tant que cela. les ressources d'un ménage sont à la fois déterminées et prévisibles.

Tout ménage vit avec des déficits, parfois ponctuels (les trous dans le mois), parfois structurel (le prêt à la banque). Mais en fin de parcours, c'est à dire en fin de vie, le bilan du ménage sera quasiment nul, c'est à dire que les sorties d'argent seront quasiment égales aux rentrées d'argent. Si un ménage devait vivre selon les règles de l'Union Européenne pour les états, il serait impossible d'acheter une maison: cela représenterait un déficit astronomique dans nos finances. Une maison coûte trois à cinq fois le salaire annuel du ménage. Si on rajoute cette charge au dépenses ordinaires (le gaz, l'électricité, etc), cela représenterait un déficit de 600% de notre produit ménager brut.

C'est pour cette raison que les banques ne réfléchissent pas en termes de déficit quand ils nous offrent un prêt. Ils raisonnent en termes de capacité de remboursement, dont un facteur important est le temps nécessaire pour rembourser.

circulez, il n'y rien à voir...
Lorsqu'on raisonne en termes de capacité de remboursement, on peut remarquer que les capacités d'un état sont illimités, puisqu'il n'y a aucune limite dans le temps pour effectivement rembourser. En plus, l'état a beaucoup plus d'emprise sur ses revenus qu'un ménage, puisqu'il peut les ajuster selon ses besoins. Finalement, la dette peut sombrer dans l'insignifiance. Les États-Unis n'ont jamais officiellement remboursé leures dettes pour la guerre de 40, tout simplement parce qu'ils l'ont remboursé indirectement par la croissance des Trente Glorieuses. La dette a perdu toute importance économique. Le plein emploi et l'imposition progressive ont rendu la dette caduque. En 1960, Eisenhower quitte la Maison Blanche en laissant les 'caisses' pleines. Il a laissé à son successeur un budget équilibré, ou un chéquier approvisionné. Dans une conjoncture pareil, le rachat des bons de guerre serait passé inaperçu dans les affaires courantes de trésorerie.

On craint toujours que nos enfants devront payer notre dette publique, alors que c'est nous-mêmes qui la payons. Il n'y pas de dette, il n'y a qu'un déficit. On s'en aperçoit lorsqu'on regarde comment les successeurs utilisent les comptes de finances publiques. Quand Kennedy arrive au pouvoir et trouve son chéquier plein, il propose un grand projet à son pays: nous irons à la lune. Quand Bush II arrive au pouvoir et trouve le chéquier plein, il partage le fric avec ses potes. Les comptes américains sont au rouge avant même la chute des deux tours. Les exemples sont américains, mais conclusions sont universelles. La situation financière d'un état n'existe que dans le présent. C'est la gestion politique d'une nation qui en assure sa santé financière.

En fait, il faut considérer le déficit comme un découvert et la dette comme des agios. Il est vrai que nous traînons ce déficit depuis fort longtemps déjà et que les agios commencent à faire lourd. Mais c'est comme ça. Ce n'est pas si grave. Le Japon a trainé un déficit représentant 200% de son PIB. Cela ne l'a pas empêché d'être la troisième puissance économique de la planète. Parfois même, il faut se servir de ce découvert autorisé, voire l'étendre pour faire face à un moment difficile.

Le problème auquel doit faire face l'état est le déséquilibre entre revenus et dépenses. A l'heure actuelle, l'état fait entrer moins d'argent qu'il n'en voit sortir. La logique de l'austérité, c'est de maîtriser les dépenses et augmenter les revenus. Cela peut paraître logique, si ce n'était que lorsqu'on parle d'austérité, on ne nous parle que de réduction de dépenses.

Si maîtriser les dépenses se résume à simplement les réduire, on ne peut guère faire mieux que ce que l'on fait actuellement. Les salaires de la fonction publique sont gelés depuis bientôt vingt ans, les services à faible rendement ont été supprimés: des cliniques dans des bourgs ruraux sont fermées, bien des gares sont désaffectés, des classes se ferment et des bureaux administratifs, tels que postes et mairies, tournent à mi-temps en campagne. Même l'armée en prend pour son grade avec des bataillions entiers de supprimés. A moins de carrément démanteler la fonction publique (ce qui peut être le but inavoué des dirigeants, mais ne faisons pas de procès d'intention), il est difficile de voir ce qu'on peut faire de plus.

Quand Nicolas Sarkozy remarque durant le débat de 2007 que 53% des dépenses c'est les fonctionnaires, il présente ce chiffre comme une dépense excessive. Si on a trop de dépenses dans l'état, c'est qu'il y a trop de fonctionnaires. Pour lui, comme pour beaucoup de gens, le travail est un coût. Et tout coût doit être réduit.

Rendre à César ce qui est à César
Le problème avec une logique pareil, c'est qu'on éteint l'embauche et par conséquent on éteint le service à rendre. Que l'état embauche ses agents directement, ou qu'il délègue la tâche à des tiers, il faudra qu'il paie le service. Donc si l'état veut sérieusement réduire ses dépenses il faudra qu'il démantèle ses services. Vu que les gouvernements successifs ont a réduit tous leurs services à leur effectif minimum, il n'y a plus vraiment de marge de manoeuvre, à moins de supprimer des services. Lesquels supprimer? Les écoles? L'armée? La maintenance des routes? Qui reprendra ces services, par nature déficitaires? Tout comme une industrie qui cherche à réduire ses effectifs pour un travail nécessaire finit par réduire son offre, et surtout sa principale source de revenu.

Quand Nicolas Sarkozy avance que le personnel représente 53% des dépenses publiques, il faut au contraire se réjouir, car cela veut dire que pour chaque euro donné à l'état, 53 centimes vont pour payer les agents eux-mêmes, c'est à dire que plus de la moitié des impôts et des taxes paye le service effectivement rendu: le policier, l'enseignant, le gardien de musée ou l'équipe médical. Le reste paye les prestations sociales (allocations familiales, etc.), les biens publiques (le Charles de Gaulle, une nouvelle autoroute, une école, ou des tramways) et enfin des frais de fonctionnement. En plus, une bonne part de ces 53% retourne dans les caisses de l'état, sous forme d'impôts et de taxes à la consommation. Un fonctionnaire, c'est rentable!

Avancer que le travail est un coût revient à énoncer un oxymore. L'investissement n'a de sens que dans le travail. Un investisseur donne de l'argent à un entrepreneur pour qu'il ait les moyens de mettre en oeuvre son projet. Ces moyens sont avant tout humains. Si l'entrepreneur pouvait faire aboutir le projet seul, il n'aurait pas besoin d'investisseurs. Mais comme le travail à faire représente plus que ce qu'il peut faire seul il doit faire appel à de la main d'oeuvre, ce qui va épuiser ses moyens financiers propre, d'où le besoin d'investisseurs. Comment l'investisseur pense-t-il récupérer sa mise? En vendant le produit fini. A qui? certainement pas à lui-même, puisqu'il a avancé l'argent de départ. Donc il le vend aux autres. A ceux qui ont besoin du produit, ceux qui ont travaillé à le faire, ceux qui ont travaillé à faire les outils nécessaires à ce produit, etc. C'est en assurant le travail qu'on assure le retour sur investissement. C'est pourquoi un investisseur qui place un euro à l'étranger a tout intérêt à en placer trois chez lui. S'il avance que seul l'étranger vaut la peine de recevoir des investissements il ne pourra plus vendre son produit chez lui. Et il se tire une balle dans le pied.


Si les entreprises ne veulent plus investir en France, l'état doit devenir l'investisseur d'ultime recours. C'est le grand avantage qu'à la France - et tous les autres pays d'Europe, d'ailleurs - sur les Etats-Unis d'Amérique. Aux Etats-Unis, l'état peut faire les dépenses nécessaires aux besoins collectifs (ces dépenses manquent cruellement, de part et d'autre de l'Atlantique), mais c'est tout. En Europe, on peut faire ces dépenses également, mais un pays peut aussi investir dans son économie et tirer les bénéfices de cet investissement. L'état non seulement peut bénéficier du chiffre d'affaire, mais il récupère une bonne part de sa mise par le biais des impôts et des taxes à la consommation, tout comme il le fait pour les fonctionnaires. Du coup, il peut tabler sur des échelles de temps bien plus long pour assurer la rentabilité de ses investissements; il peut penser bien plus aux besoins réels et bien moins à la rentabilité immédiate, car la rentabilité à court terme est assurée autrement. Un investissement pour un état comporte nettement moins de risques que pour un investisseur privé. Le secteur privé n'a que les revenus du chiffre d'affaire pour récupérer sa mise et donc devient bien plus conservateur pour assurer sa survie.
Qui dit que les caisses sont vides?

Malheureusement, loin d'investir, l'état désinvestit dans l'économie. Les vingt, voire les trente dernières années sont dominées par les dénationalisations. Les banques, TF1, Renault, Saint-Gobain, EDF, GDF et bien d'autres entreprises publiques ont été transférés au privé. Si leur ventes ont mis du beurre dans les épinards ponctuellement, personnes ne s'est demandé comment remplacer les revenus que généraient ces entreprises sur le long terme. Le déficit de l'état est bien plus un problème de chutes dans les recettes que de dépenses "galopantes". Les pertes de revenu des entreprises publiques en sont une raison importante.

Ces dénationalisations arrivent en même temps que les désinvestissements du privé dans l'industrie en France, ce qui entraine une perte de recettes encore plus importante: la réduction de l'assiette d'impôts, c'est à dire du nombre de personnes payant des impôts sur leur revenu: plus il y a de chômeurs, moins il y a d'imposés, et moins il y a d'argent qui entrent dans les finances publiques; c'est arithmétique. Comme ces chômeurs dépensent moins, il y moins d'impôts indirects également. A cela, il faut rajouter le gel des salaires ainsi que le recours de plus en plus systématique au temps partiel, et les embauches bien au delà des capacités réelles des candidats: le sous-emploi, qui plombe d'autant les recettes de l'état. Moins les gens gagnent, moins ils payent d'impôts.

Ce n'est pas les taxes indirectes qui parviendront à compenser ces pertes. Les taxes indirectes, telles que la TVA ou la TIPP sont liées à la consommation, et par conséquent liées à la capacité de consommation d'une société. Les hauts revenus ne peuvent pas consommer assez pour justifier la taxe et les revenus modestes sont limités par leur modestie même. Toute augmentation de la TVA serait annulée par le recul de la consommation.

Ah, les petits cubes...
C'est en augmentant ses dépenses que l'état réduira son déficit. Que ce soit la France qui agit seule (ce qui serait déjà bien), ou de concert avec le reste de l'Europe (ce qui serait encore mieux), il faut une politique volontariste d'intervention dans l'économie, c'est à dire des dépenses. Ces dépenses doivent être maîtrisées, bien sûr. Elles doivent être ciblées pour répondre aux besoins d'intérêt général, qu'il s'agisse du court terme (investissements dans l'équipement, l'éducation, la santé; reprise en main des finances) ou du long terme (nouvelles technologies pour répondre aux problèmes d'énergie  ou d'environnement; restructuration agricole pour les besoins d'eau et pour réduire la pollution) seul l'état a les moyens et le recul nécessaires pour y parvenir. Mais ces augmentations de dépenses seront compensées par les augmentations de recettes fiscales d'abord, économiques par la suite.

Ces dépenses doivent être en outre compensées par le retour à une fiscalité progressive, les recettes de l'état augmenteront et donc attireront par la suite le privé qui saura être assuré du retour sur investissement. De même que comme l'état peut récupérer une part de sa dépense par la fiscalité, de même le privé peut récupérer une part de la fiscalité progressive exigeante par l'achat de bons d'investissement du trésor public. La boucle serait bouclée.

Or, c'est l'inverse qui s'est produit. Arrivé au pouvoir en 2000, Bush a fait évanouir le surplus que lui a laissé Clinton en faisant baisser les impôts sur les plus haut revenus. En 18 mois, le pays s'est trouvé avec un déficit record, et aucune amélioration dans les services publiques. Au contraire, même: les services de police ont raté l'infiltration islamiste, tellement ils étaient devenu nuls. En France, on fait la même chose: le bouclier fiscal, la suppression des taxes d'entreprises, les heures sup' défiscalisées n'en sont que des avatars récents. Et les services publiques en pâtissent: écoles surpeuplés avec des classes dans un état de décrépitude avancé, routes enneigés avec une voie déblayée, de plus en plus d'affaires de justice gérées par de moins en moins de magistrat... C'est à croire que l'état mène une politique délibérée d'autodestruction.

On justifie la politique d'austérité comme une nécessité pour rétablir la confiance des marchés. Or avec l'austérité, on voit plutôt une course effrénée des marchés vers la porte de sortie. On pourrait croire à l'efficacité de cette politique si elle était suivie par une entrée massive de fonds d'investissement dans des pays comme la Grèce ou l'Irlande, qui l'appliquent à la lettre. C'est le contraire qui s'est produit. Depuis la mise en place d'une politique d'austérité, la Grèce a vu son crédit dégradé au niveau d'un investissement toxique et une disparition quasi totale des investisseurs, ainsi qu'un taux de chômage équivalent à celle de la grande crise des années trente. Même à des taux exorbitants, personne ne veut acheter des bons grecs, car rien ne garantit le retour sur investissement. En effet, peut-on avoir confiance dans une personne dont les recettes ne cessent de diminuer, et qui fait tout pour diminuer ses recettes?

... du faux!
Nous revenons à notre comparaison avec une banque qui accorde un prêt à un ménage: il fixe son accord sur la capacité qu'a ce ménage à rembourser. De même que la banque rechigne à faire un prêt à quelqu'un dont les revenus sont en baisse et qui passe son temps à claquer son fric, de même il rechigne à prêter à un état dont les revenus ne cessent de se réduire, et dont les politiques accélèrent cette baisse plus qu'autre chose.

S'il faut une politique "d'austérité", cette austérité doit être partagée par tous, sous la forme d'une fiscalité fortement progressive: plus tu gagnes, plus tu payes d'impôts proportionnellement. Lorsqu'une personne cent millions d'euro, et en laisse 90% à l'état, cela lui laisse dix millions d'euro; l'impôsé ne sera pas sur la paille pour autant. Les abattements fiscaux doivent également être établi en vue de l'intérêt général: en  réinvestissant dans des entreprises à forte main d'oeuvre en France, tes impôts seront réduits d'autant. Mais il faut surtout rappeler que servir l'intérêt général, revient à servir son intérêt particulier. Avec les impôts, on construit les routes qui transporteront les marchandises, on construit les écoles qui formeront les employés à venir..

Mais la plus grande austérité sera celle imposée à l'état même qui devra assumer une dette conséquente pour financer la relance. Le paradoxe c'est que, une fois lancée l'économie résorbera automatiquement la dette. Cela se voit aujourd'hui en regardant la santé économique de pays qui l'applique, telle que l'Argentine ou l'Islande; même le stimulus package au début du mandat d'Obama, quand bien même largement insuffisant, a aidé le pays à éviter le pire. En Europe, comme en Amérique, on n'a jamais vu le peuple plus riche, l'économie plus saine, les finances plus stables que lorsqu'il y avait des salaires élevés, une fiscalité progressive et une politique économique interventionniste.

On ne voit guère que deux personnes en France qui aient saisi même partiellement le sel de ce paradoxe: Villepin pour l'investissement public dans l'industrie, et Mélenchon pour le besoin d'une fiscalité progressive. Ce serait intéressant de voir le PS se mettre entre les deux pour créer la dynamique nécessaire et relancer l'économie, et réellement rétablir la confiance.

mardi 8 mai 2012

Après la bataille..

C'est vrai que quand on bosse dans les salles d'un musée, il n'y pas grand chose à faire de sa journée à part discuter. Et j'adore discuter. "Tu as la tchatche", me dit ma femme. Et c'est vrai que je suis capable de passer un bon moment à discuter de tout et de n'importe quoi avec un passant dans les salles. Les visiteurs sont une source intarissable de discussions. Mais c'est avec les collègues que l'on peut avoir les meilleures conversations: des conversations qui durent des jours entiers. Le problème vient quand on commence à discuter par blog interposé. Je n'ai pas toujours le temps de m'asseoir pour rédiger une réponse. Et mes postes tardent à venir. Mais, parfois, il faut y aller!

*       *       *

Voilà qu'un pote durant l'élection présidentielle m'apostrophe au beau milieu de son apologie de Sarkozy:

« Moi, les banques, je les aurais laissées s’effondrer », me disait un collègue cégétiste et néanmoins ami du musée (oui, parce que moi, j’ai des amis d’extrême gauche…). Mais bordel, Francis, si ta banque s’effondre, tu t’effondres encore plus ! C’est facile à comprendre, ça, non, que des pauvres comme nous ont besoin de riches comme eux ?

Bon, je reconnais que j'avais sorti la phrase un peu en provoc'. Fallait-il laisser tomber les banques? Est-ce que la situation aurait-été pire qu'elle l'est actuellement? Ben, la question peut se poser, quand on voit l'Espagne avec un taux de chômage comparable à celle de la Grande Crise des années 1930. On peut légitimement se demander si le sauvetage des banques leur a évité le pire. Même les Grands Sages de l'OCDE commencent à se demander s'il n'aurait pas mieux valu laisser tomber les banques...

Sarkozy s'est présenté comme le champion de l'austérité nécessaire et la pensée libérale (même s'il s'est gardé de l'appliquer à la lettre). Il est en somme, un nouveau Reagan. Comme Reagan, il a postulé la justesse d'un bouclier fiscal, et comme Reagan, il l'a fixé à 50%; comme Reagan, il a supprimé la taxe sur les entreprises, et comme Reagan, il a montré un sens pragmatique et concédé des points à une opposition en augmentant les impôts à des moments clefs. Mais sa pensée centrale, son idéologie est de réduire la présence étatique et favoriser le secteur privé.

Le problème, c'est qu'une telle politique anéantit la notion d'un contrat social et le remplace par une logique du plus fort. Je trouve qu'au nom même de cette idéologie libérale, au nom même de la réduction de l'intrusion étatique dans les affaires économiques, et donc, de la sélection naturelle économique (ce qu'on appelle le darwinisme sociale) qu'il fallait laisser tomber les banques. Les mauvaises entreprises font faillites; les bonnes prennent leur place. C'est dur et c'est cruel, mais la règle du jeu. Mais la nature est dure et cruelle; et comme mon copain auteur de l'article se plaît à me le rappeler: la nature, c'est l'intrusion du réel.

En Islande, un des paradis fiscaux de naguère, on a bel et bien laissé tomber les banques; on a même rappelé les banquiers à l'ordre, les condamnant pour détournement de fonds. On a même écrit une constitution plus socialement juste. L'Islande se porte comme un charme. tandis que l'Espagne et l'Irlande qui appliquent l'austérité à la lettre voient leurs économies plombées et leur crédit effondré. Peut-être que le modèle islandais mérite qu'on se penche un peu dessus.

Qu'ont-ils fait, à vrai dire? Ils ont laissé les banques s'effondrer, mais ils ne se sont pas contenté de regarder les décombre: ils ont maîtrisé l'effondrement. Ils ont laissé les grands institution financières faillir, mais ont  sauvé les banques qui assurent la véritable économie, celle qui finance l'industrie et s'occupe de l'épargne des gens. Ils ont même fait plus: ils ont soumis ces institutions à la loi. Ils ont mis les filous sous les verrous.

En Islande, le sauvetage des banques s'est fait sous des conditions draconiennes, et c'est ainsi que le sauvetage des banques aurait dû se faire dans le monde entier. En Islande, ils en ont profité pour rétablir le contrat social et mettre fin à la loi du plus fort. Ailleurs, ils ont sauvé leurs potes pour qu'il puissent encore et toujours démanteler le contrat social.

Je ne vois pas enfin à quoi les riches peuvent m'être utiles: est-ce qu'il assurent ma santé et celle de ma famille, de mes amis ou de mes concitoyens? Est-ce qu'ils financent ma retraite? Est-ce qu'il nettoient les accident pétrolières en Afrique? Est-ce qu'il reconstruisent les Appalaches? Est-ce qu'ils font au moins leur boulot, qui est d'investir près de chez moi pour assurer l'embauche et donc stimuler la croissance?

Je trouve bien plaisant qu'il disent que les états ne doivent pas assurer la sécurité de leurs peuples mais doivent tout laisser tomber pour les sauver de leur propre merde. Nous avons raté la dernière occasion pour rétablir l'équilibre entre la société et l'économie. Espérons que nous pourrons saisir la prochaine.

Car il y aura une prochaine.